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Croisements |
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Sergio Lanedrev ![]() 23/11/2023 |
CROISEMENTS
Table des matières
PrésentationActualités
lyonnaises … Lyon
Mag
Croisements est d’abord une
fiction dont les acteurs
sont imaginaires … même si certains faits pourront vous rappeler tel ou
tel évènement,
une situation.
Les principaux personnages vont se croiser autour de Raoul,
livré à lui-même …
Je me suis un
peu inspiré de plusieurs faits encore
présents dans ma mémoire, des guerres, des mœurs, des personnages … qui
ont influencé
nos sociétés.
Cet ouvrage reste une pure
fiction …
Angélique sens confusément
une présence …
non, ce n’est pas un cauchemar ...
Elle sort de
sa confusion.
Bonjour,
on dirait que tu vas mieux ?
Raoul examine la chambre, il est devant mon lit ; un lit encombré de tubes – oxygène, goutte-à-goutte - entouré d’écrans, tout ce qu’il faut pour que les toubibs me maintiennent en vie … on ne m’a pas demandé mon avis. Je ne sais même pas depuis quand, ni pourquoi. Je n’ai pas mal, je ne sens même pas mon corps.
Quel salaud, venir ici pour me contempler, après sa violence, sa folie, après m’avoir démolie. Comment m’a-t-il retrouvée ? Je suis sure qu’il jouit de me voir ainsi, encore vivante … mais jusque quand ? Il attend la prochaine occasion pour me détruire encore un peu plus.
Il sourit, dents serrées …
Les
enfants vont bien … je les ai envoyés chez ton père …
Chez mon père … mes enfants … ma Brigitte chez mon père, mon Paul aussi ! C’est un vrai salaud, car il connait assez ma « famille » pour savoir ce que je peux ressentir. Maintenant, je sens une boule dans l’estomac, mâchoires crispées, salive sèche, respiration coupée … Je sens mon cœur qui s’emballe, le moniteur se met à bipper.
J’ouvre la bouche, je veux crier, mais rien ne sort.
Il sourit encore… il me prend la main gauche et la serre, fort, de plus en plus fort :
Calme-toi,
voyons !
Douleur. Je retiens mon cri. Le bip du moniteur accélère, s’affole, le rouge s’affiche, l’infirmier surgit dans la chambre. Raoul lâche ma main, l’air agacé sous le regard réprobateur de l’infirmier :
Monsieur,
ce n’est pas l’heure des visites, et ce service est réservé aux
patients sous
surveillance intensive, je vous demande de sortir !
Raoul sourit toujours, … il se lève, et le toise du haut de son mètre 90 :
C’est
ma femme, je venais la réconforter.
Il fronce les sourcils :
Je
reviendrai, Angélique, je reviendrai bientôt !
Raoul bouscule l’infirmier, sort en claquant la porte. L’infirmier – il est africain et s’appelle Daoudi – règle le moniteur qui cesse de biper. Retour au calme.
Tu
te sens bien ?
Pas vraiment … fatiguée, angoissée. Perdue.
Il
te faut du calme, ça va aller ! Tu seras bientôt chez
toi !
S’il savait … Daoudi ! Il me regarde.
Mais pourquoi je suis là ?
Que m’est-il arrivé ?
Et où
suis-je ? Depuis quand ?
Je ne sais pas bien. Daoudi me dit :
Ici,
c’est une maison de repos non loin d'Avignon et tu es là depuis
plusieurs
jours, un
mois, peut-être plus ? Je travaille ici seulement depuis le
début du mois.
Mais où suis-je ? À côté d’Avignon ? Mais qu’est-ce que je viens faire ici ? Je ne suis jamais venu en Avignon, je n’y connais personne … j’habite Lyon !
Il sourit, « dents blanches sur sa peau noire » … Un cliché.
Je l’examine, c’est vrai que je ne l’avais pas encore regardé, il paraît sympa mais on ne peut pas se fier aux apparences, je l’ai appris à mes dépens. Je me suis lourdement trompé plusieurs fois.
Daoudi – son nom est marqué sur son badge - est mince, grand – un peu comme Raoul – et ses mains sont longues … son visage est fin, avenant, avec des yeux en amande. Bleu-vert surprenant, bouche charnue, on dirait un dieu égyptien. La paume de ses mains est rose, remarqué-je … observation stupide, pensée-je en souriant !
Étonnant, il me tutoie, sans doute l’Afrique : il vient du Cameroun j’imagine, il doit avoir autour de 30 ans, peut-être un peu plus, difficile avec les africains ! Finalement, il m’inspire confiance : il faut bien que je ressente un peu de sympathie pour quelqu’un.
Une larme tombe sur ma main, et il me tend une boite de Kleenex :
Ne pleure
pas, tu seras bientôt sur pied et tu pourras sortir, c’est le
professeur qui
l’a dit ce matin, après la visite.
Quel professeur ? Quelle visite ? Je n’en ai aucun souvenir. Au lieu de me réconforter, je sens l’angoisse qui m’envahit à nouveau : sortir ? comment ? pour aller où ? que vais-je devenir ?
J’hésite un moment, puis je me tourne vers lui, et il ressent mon état, comme s’il lisait en moi :
Tu veux
que je prévienne quelqu’un ? tes parents, une amie ?
Non, non.
Personne ne doit savoir. Personne, Daoudi ! Et surtout pas cet
homme que
tu as vu tout à l’heure …
Daoudi hausse ses sourcils, soulève ses épaules et tourne ses mains en forme d’interrogation.
Comme tu
veux, bien sûr ! Tu peux compter sur moi, madame Angélique,
mais il a dit
qu’il était ton mari ?
Je ne sais pas quoi lui répondre, il faudrait lui raconter ma vie ! Mais un signal d’appel retentit dans le couloir, et il sort de la chambre.
Il n’y a rien dans cette chambre, pas de miroir, pas de télé … Angélique examine son reflet dans la vitre de la fenêtre, elle a du mal à distinguer ses traits, à se reconnaitre. Ma tête est toujours bandée … et mes cheveux ? Mais qu’est-ce qu’ils m’ont fait ? Je les hais ! Je le hais !
Un peu plus de quarante ans, jolie femme dit-on : blonde, élancée, avec des traits réguliers, une peau claire parsemée de quelques taches de rousseur, des yeux verts. Un grain de beauté à la commissure de lèvres minces et bien dessinées. Je fais un peu de sport, quand je ne suis pas occupée par mon job et par mes deux trésors, Brigitte et le petit Paul.
Brigitte va sur ses 15 ans, et comme plusieurs de ses copines, c’est déjà une petite femme qui attire le regard des salauds comme mon père. Une jolie miniature, coquette, championne de danse, mais aussi forte en maths …
Elle a déjà de petits copains qui semblent l’aduler. Brigitte est sérieuse, elle veut entrer au conservatoire de danse, je peux lui faire confiance.
« Les enfants
vont bien, ils sont chez ton père ».
Ça me ramène des années en arrière, comment
ai-je pu aimer cet homme ? Je me suis trompé lourdement sur lui … mon mariage ?
Mais je zappe, c’est
trop lourd. Raoul, tu es aussi un vrai salaud !
Dès que je pourrais, j’irais les rechercher, qu’ils ne restent pas à Isbergues. Dans cette maison maudite dont je me suis échappée il y a longtemps … il y a 25 ans.
Le soleil a baissé, et je ne distingue plus ni les arbres ni les fleurs dans le parc maintenant éclairé par des projecteurs. Au loin, j’entends un chien.
La porte de la chambre s’ouvre, et Daoudi m’apporte un peu d’eau, un yaourt et quelques fruits, « pour te donner des forces ». Il reste près de moi, souriant :
On dirait que tu vas mieux, maintenant !
On peut dire ça, Daoudi, on peut dire ça.
Pourrais-tu m’apporter des journaux,
des revues ? Ici il n’y a rien, sauf la Bible … !
Daoudi a l’air gêné, il se détourne.
Je vais demander au professeur demain matin …
Ou un
livre, il doit bien avoir quelques bouquins ici, non ?
Je
demanderai au professeur.
Maintenant il ne sourit plus, il sort de la pièce.
Ma douleur se réveille, je ferme les yeux, mais en vain, la douleur - 7 sur 10 - s’est installée. J’attends quelques instants avant d’appuyer sur le bouton d’appel. J’avale un comprimé d’Apranax avec un verre d’eau. J’attends un peu, mais personne. J’actionne encore la sonnette, et en même temps je sens mes larmes couler sur mes joues : personne, je me sens abandonnée, à la dérive …
Je suis ensuquée, une femme de service entre, j’ai dû dormir. Elle m’apporte le brouet du soir, avec un peu de pain, un yaourt et une pomme : c’est 7 heures.
Je grimace.
J’ai
appelé plusieurs fois ?
Daoudi est
parti maintenant, et l’infirmier de nuit est en retard … Je vais voir
s’il y a
quelqu’un dans le pavillon bleu …
Elle n’y peut rien et sort de la pièce. Le pavillon bleu ?
J’avale mon assiette, ce n’est pas cela qui me fera grossir ! Je ferme les yeux, la douleur est tombée, 2 ou 3 sur 10 !
Je chavire dans le néant.
Pas tout à fait, car soudain, je perçois mon père qui se penche sur moi, sa main s’approche de mon visage, sur mon cou … puis tout se brouille.
Je ne suis plus ici… je cours dans les rues d’Isbergues, il fait nuit, je me cache en tremblant de froid.
Que
fais-tu ici ? Pourquoi tu te caches ?
Souffle coupé, je la regarde … elle me sourit et passe sa main sur mon visage pour essuyer mes larmes. Elle aussi se cache, Jofranka. Elle est jolie, elle a un léger accent, nordique, germanique peut-être. En tout cas, elle n’est pas d’ici, je ne l’avais jamais vue à Isbergues.
Je la détaille, elle est très blonde, presque filasse, et a peut-être 15 ans, ou 16 ? Elle est un peu sale aussi. Son regard me transperce, elle me prend la main : il faut s’en aller, sinon ils vont nous trouver et nous emmener. De qui parle-t-elle ?
Tu
parles de mon père ?
Non,
des miens, de mon mari !
Les siens ? son mari ?
Elle m’entraîne, on arrive à la gare
routière où il n’y a
encore que quelques clochards sous des couverture, avec leurs chiens.
Le bus du matin nous emmène en Belgique. Pendant les deux heures passées ensemble, on a beaucoup parlé. Elle sait tout de moi sauf … et moi presque tout d’elle : les gens du voyage, son père qui l’a marié à quatorze ans.
Elle avait été séquestrée par son père dans une caravane, dans un campement de gens du voyage à Lille, pour y être mariée à la gitane avec un homme de trente-cinq ans, une brute qui l’a violé et qu’elle ne veut plus supporter !
A Ypres, on se sépare :
Je
vais chez ma marraine qui habite près de la cathédrale Saint Martin
On
se sépare ici, moi je vais tenter ma chance à Bruxelles… mais on se
retrouvera
un jour Angélique, je le sais !
On s’embrasse - Jofranka me glisse un petit carton rouge et jaune dans la main : ‘Zodiac Circus’.
Ma brume s’épaissit, son image s’estompe et elle disparaît. Je reviens dans ma chambre avant de plonger au fond d’un inconscient profond.
Eh non, Daoudi n’était pas parti ! Amoureux d’Angélique, il rêvait l’emmener vivre en Afrique, au Cameroun …
Par instinct, il a compris l’angoisse d’Angélique qui se sent retenue, prisonnière et il veut l’aider… Il sourit en pensant à elle, il prend son téléphone, sachant ce qu’il risque …
Il l’a glissé sous l’oreiller d’Angélique … tout à l’heure, quand elle se réveillera …
…
A son réveil, Angélique se dresse sur son lit, et découvre le téléphone …
L’émotion la submerge, elle va pouvoir appeler au secours !
Fuir cette chambre, fuir Raoul, retrouver ses enfants
…
Elle se précipite dans le cabinet de toilette, et compose le numéro de Bertrand …
A la troisième sonnerie, la messagerie l’invite à laisser ses coordonnées, « je vous rappellerai dès que possible ! »
Elle bloque la sonnerie pour empêcher qu’une personne le découvre et cache le téléphone dans la petite armoire de toilette … Elle recommencera plus tard !
La
nuit commençait à tomber, le
soleil rougeoyait sur les
cimes. Le moteur de l’Alfa ronronne, mon spider avale l’autoroute en
silence ; dans le rétro je surveille les deux voitures
derrière moi, elles
me suivent depuis que j’ai quitté la clinique.
Je reste à 130, je ne peux pas risquer un contrôle. Sales flics.
La prochaine station Esso est dans 5 kilomètres, je vais m’y arrêter, pour voir ce que font ces deux ventouses. Il est bientôt sept heures, le Jazz à la radio laisse place à la pub – je déteste - et après ce sera les infos.
Je vois un coupé bleu, une BM, qui se rapproche dans le rétro, un coup de phare pour me doubler. Elle est conduite par une blonde qui me jette un coup d’œil rapide puis accélère et poursuit sa route : je souris, elle n’a pas peur des flics, elle fait au moins du 160 ! Enfin bon, ce n’était pas une ventouse !
Je scrute le rétro, la Mercédès est toujours là … à 200 mètres.
« Le président, accompagné de la ministre des armées, s’apprête à faire sa conférence … » agacé, je coupe le son, je n’ai pas envie d’entendre ses discours prétentieux, ses mensonges habituels qui ne trompent pas les pros.
Et je sais de quoi je parle, moi ! Ce n’est pas son cas.
Quelle salope quand même ! Tu ne perds rien pour attendre. Angélique, Angélique, tu vas apprendre à me respecter, à m’écouter, et à ne plus me menacer.
La station Esso …Je m’engage sur l’aire de la station, et arrête le moteur pour faire le plein.
Je scan autour de moi, un vieux réflexe …
Signal : la BM bleu est dans la station de lavage, la belle blonde est à côté, à quelques mètres de moi, en train de téléphoner. Nos regards se croisent, elle esquisse une moue, ferme son iPhone et se dirige vers la boutique. Belle silhouette, cuir noir, cheveux en chignon, un peu moins de 40 ans sans doute.
Instinctivement, mon regard l’accompagne. Sa démarche balancée est pour moi comme une invite ... Viens, suis-moi … Ma foi, ça serait bon si … Angélique me traiterait encore de salaud, mais quoi, on ne se refait pas, c’est dans mon « cerveau reptilien » comme elle dit ! Ma blonde est entrée dans la boutique.
Il n’y a personne sur l’aire. Ils sont débiles ici, les pompes ne sont pas équipées de CB, je vais aller régler à la caisse.
Quand j’entre dans la boutique, elle est devant moi, en train de siroter un kawa. Vraiment bien, elle est bronzée, yeux bleus, des mains fines, on devine son corps sous le cuir noir.
Je lui souris … un réflexe. En général, je plais aux femmes, je ne sais pas pourquoi, peut-être sont-elles comme moi ? Bientôt 46 ans, grand et plutôt mince, sportif, et soucieux de mon apparence, cela peut plaire.
Mais là, aucune chance, je ne perçois aucun signe d’intérêt, elle détourne son regard vers la porte d’entrée.
Dommage, enfin bon ...
Je paye à la caisse et me dirige vers la sortie ; je n’ai pas de temps à perdre si je veux respecter mon plan et voir avec Antonio les solutions possibles au problème, tant qu’Angélique est sous contrôle à la clinique.
Dehors, un gros 4x4 noir s’est arrêté devant la station de lavage, bloquant le coupé bleu. Ma blonde s’en approche, mais son conducteur a disparu, peut être aux toilettes ? En tout cas, c’est un jean-foutre.
Elle monte dans sa BM et claxonne, une fois, deux fois, trois fois … sans résultat.
Je viens vers elle :
Je peux
vous aider ? je vais essayer de la déplacer ?
Cette fois, elle me sourit
Un peu
trop grosse !
Mais la portière du 4x4 est restée ouverte, et je m’apprête à y entrer quand j’entends
Sors de ma
caisse, mec, sinon j’te casse.
Le jean-foutre est devant moi, menaçant. Un gars bedonnant, moustache, teint olivâtre, tatouages sur les bras, surmonté d’un ridicule Panama !
Je voulais
seulement laisser mon amie sortir de là, et ta caisse l’empêche de
sortir !
Il reste agressif
T’occupes,
et éloigne-toi de ma caisse !
Je sens monter mon adrénaline, ce plouc ne m’impressionne pas, et s’il continue, je vais lui donner une leçon :
Et sinon
quoi ?
Avec une surprenante agilité, il se baisse et m’envoie son poing vers le bas-ventre, mais je m’étais déjà mis en garde, de profil, jambe avant fléchie et jambe arrière tendue, je n’ai plus qu’à attraper son poing et le tirer à droite pour qu’il s’écrase au sol. (Merci à celui qui m’avait appris le karaté !)
Il se relève en maugréant. Il a compris, grimpe dans son 4x4 et libère la sortie.
Merci,
Chevalier, de m’avoir libéré !
J’entre dans le jeu et m’incline
Raoul !
Pour vous servir, Princesse !
Nous éclatons de rire ensemble, et je m’approche et je lui tends la main.
Moi, c’est
Chloé. Vous n’avez pas eu peur que ce sale type vous
frappe ?
Son sourire s’accentue – un vrai plaisir - et son regard cherche le mien. Un bleu profond, saphir. Comme la Méditerranée en Corse, et je plonge dedans.
Non, même
pas peur ... Mais j’ai vu que Chloé non plus, elle n’a pas peur des
radars sur
la route !
Nous rions encore. Je sens un courant passer entre nous.
Ce n’est
pas l’endroit rêvé ici, mais j’aimerais vous revoir, Chloé. Donnez-moi
votre
téléphone ?
En même temps je lui donne ma carte. Elle sourit en me donnant son numéro :
Vous
l’aurez voulu, Raoul !
Puis, elle démarre en trombe et se
lance sur l’autoroute. 
Je la suis du regard et reste un moment songeur, en me demandant si je ne vais pas la suivre. Mais non, je dois aller voir Antonio : business is business ! Je note rapidement le téléphone qu’elle m’a donné.
Je reprends l’A7, direction Menton. Je regarde l’heure : j’y serai pour diner ! Les kilomètres défilent.
Paysage magnifique sous le soleil couchant, je ne m’en lasse jamais.
Cette fois, personne derrière, je ne suis donc pas suivi !
Avec Antonio, il faudra aussi parler
de Bertrand …
Grâce à lui, je vais sans doute revoir cette belle Chloé. Hasard ?
Sourire éclatant sur sa peau tannée, lèvres qui invitent au baiser … Chloé.
Chloé … Angélique … Chloé … Angélique … ça tourne dans la tête de « Raoul Denis », je revois ma vie en même temps que défilent les kilomètres …
…
Annette …
Angélique …Chloé …
« Raoul Denis » de la Maternité de Port-Royal à Paris, né en avril 1972 de parents inconnus.
Je n’ai jamais pu savoir qui était ma mère !
Mon père, encore moins !
Dans mes langes, il y avait un petit pendentif de la Vierge en or, gravée « Joanna 1970 », je le porte encore à mon cou.
Assistance Publique ...
Plusieurs « familles d‘accueil »
… hum !
J’ai oublié les premières familles, mes souvenirs remontent à 1980, j’avais alors huit ans.
C’était à Reims, en mai, cette première famille dont je me souviens. J’étais arrivé à la gare, accompagné par une assistante sociale. Une voiture municipale m’avait d’abord déposé à la mairie, puis m’avait conduit dans un quartier de la périphérie : un trois-pièces au 2ème étage de la rue Ernest Renan, avec fenêtres sur cour. C’était chez Félix.
A huit ans, chez Félix, j’avais pu découvrir l’alcoolisme et la violence qui l’accompagne. Ancien combattant de la guerre d’Algérie, il avait perdu la jambe gauche en 1959 lors d’une explosion à la casbah d’Alger : à vingt ans, sa vie était foutue. Il était équipé d’une prothèse – cuir et métal - effrayante pour l’enfant que j’étais. Jusqu’au 20 du mois, sa pension passait en pinard - du gros rouge – et quand le soir il rentrait plein du bistrot, claudiquant dans l’escalier de bois, c’était pour battre sa femme ou sa sœur « la Henriette », en les insultant : des bonnes à rien ! Sa sœur Henriette devait avoir une trentaine d’année, elle gagnait chichement sa vie en tricotant des pulls pour une des commerçantes du centre de Reims, sur la place d’Erlon. La femme de Félix, Yvonne, s’enfermait dans la cuisine en attendant qu’il s’effondre dans le vieux fauteuil défoncé de la salle à manger. J’ai dû assister à ces scènes pendent trois ans, caché derrière le rideau de la cuisine. Henriette pouvait bien crier, personne ne voulait l’entendre dans cette rue non loin du canal et près des chantiers.
On m’avait installé un lit de camp dans la chambre d’Henriette. Chaque matin, le bruit de la scierie dans la cour nous réveillait dès 6 heures, il fallait se lever, avaler un morceau de pain trempé dans un verre de lait avant de me rendre à l’école.
A midi, déjeuner à la cantine - de
quoi ne pas mourir de
faim - avec ces sempiternelles coquillettes qui nageaient dans un
bouillon
douteux. Dans la cour de récréation, je me planquais derrière des
arbres pour
échapper aux garçons de ma classe, plus âgés, qui me jalousaient.
J’adorais la
maitresse, Madame Jeanne, seule personne à me témoigner de l’affection.
Parfois
elle me donnait une part de gâteau (en cachette des autres).
J’apprenais tout
d’elle facilement, simplement en buvant ses paroles, je n'avais
heureusement
pas besoin de travailler à la maison !
A la sortie de l’école, Henriette venait parfois me chercher et on allait faire des courses au Goulet-Turpin du coin, où Jean-Paul, l’épicier, lui faisait du gringue.
Puis j’allais au boulanger prendre un
pain de deux livres,
et on rentrait.

Les dimanches, en été, Jean-Paul nous emmenait Henriette et moi à la piscine du Parc Pommery dans sa 403. Les autres fois, on allait se promener sur la place d’Erlon, et Jean-Paul nous payait une pâtisserie chez Guillaumy ou une glace !
Deux ans de suite j’avais reçu
« Le Prix
d’Excellence » et Madame Jeanne répétait à qui
voulait l’entendre que
j’avais une intelligence exceptionnelle, bien au-dessus de la moyenne.
Elle avait fait un rapport à
l’Académie pour me signaler,
c’est la seule personne que j’ai regrettée quand l’assistance sociale,
elle
aussi interpellée, me fit transférer dans une autre famille, en
banlieue
Parisienne.
J’atterris ainsi à 11 ans dans une vielle maison de la rue Charles Infroit à Vitry-sur-Seine, près du cimetière, chez un couple d’environ une trentaine d’années, Luc et Gigi. Il n’y avait pas de contrôle sérieux des familles d’accueil à cette époque (mais est-ce que ça a changé depuis ?) et j’ai pu découvrir la prostitution familiale dans cette maison où je servais un peu de garçon de courses.
Des « amis » de Luc défilaient toutes les après-midis en apportant leurs « petits cadeaux ». Le samedi surtout.
Mais jamais le Dimanche, car on
allait à la messe (!) et on
déjeunait avec les parents de Gigi à Villeneuve Saint Georges.
Je repense parfois à Madame Jeanne avec un sentiment de reconnaissance.
René-Pierre - l’un des « amis » réguliers de Luc, un balèze d’une cinquantaine qui passait deux ou trois fois chaque semaine - m’avait pris à la bonne.
Il m’apportait des bouquins que je lisais avec avidité : les tribulations des Centurions, Mercenaires, Mal Jaune, ou aussi Les Chiens de Guerre.
Des livres qui, disait-il, lui parlaient de son passé : René-Pierre, ancien militaire puis mercenaire, était à Saigon jusqu’en 1958, quatre ans plus tard au Katanga, à Alger avec le colonel Trinquier, puis jusqu’en 1979 en Ouganda près d’un tyran local, Idi Amin Dada qui avait défrayé la chronique avant d’être contraint de s’exiler à Djeddah où il mourut.
Un soir, René-Pierre avait invité Gigi à une petite fiesta chez lui, je l’y avais accompagnée. Il vivait seul dans une imposante propriété de la rue Saint-James, à Neuilly. Pour moi, c’était un véritable palais, plus d’une centaine d’invités étaient égayés dans le parc. Il y avait un parking où étaient garées Mercedes, Ferrari, et belles américaines … beaucoup de « CD ».
Il y avait là plusieurs « copines » de Gigi qui riaient fort avec des invités, j’ai compris bien plus tard ce pourquoi elles étaient là …
J’étais resté ébahi par ce luxe qui contrastait tellement avec la maison de Vitry et l’image que René-Pierre montrait.
Ce soir-là, je m’en souviens encore, il était vêtu d’un smoking noir qui lui donnait à mes yeux une grande prestance ! On aurait dit un acteur !
Salut
mon Raoul, tu pourras revenir ici quand tu voudras. Un jour, tu verras
la vie,
mon petit !
Il me confia à la jeune vietnamienne qui nous avait accueilli :
Linh,
c’est Raoul, c’est un peu comme un fils … emmène le dans la chambre
bleue.
Cet homme me fascinait et allait déterminer mon parcours dans la vie.
Il nous ramena à Vitry tard dans la nuit, il était 4 heures le matin. Luc nous attendait, un rien énervé, il parla avec Gigi des « cadeaux » avait-elle reçu…
A Vitry, j’allais au petit-lycée Daniele Casanova non loin de la maison (où je pu passer mon brevet, je n’en étais pas peu fier !) et si par malheur, en rentrant de l’école, j’oubliais de ramener le pain ou le lait, je recevais des baffes, ou pire, on m’enfermait debout dans le cagibi de la cour ; en hiver, je devais y rester parfois plusieurs heures.
Vitry
était une banlieue communiste,
pas très gaie, pas très
propre.
J’en ai quand même gardé quelques bons souvenirs : le gymnase Maurice Thorez, la piscine Joliot-Curie où j’ai pu découvrir les joies du sport … et aussi des gamines qu’on pelotait, qu’on embrassait sur la bouche
…
Une descente de la police des mœurs mit fin à mon séjour à Vitry en avril, le jour de mes quinze ans. Cela s’était passé très rapidement, ce samedi, alors que Luc buvait le coup avec un des habitués en attendant que Gigi ait terminé avec un client. Deux grands mecs avaient sonné en demandant Gigi.
Luc, se méprenant, leur avait demandé de passer un peu plus tard dans l’après-midi, d’ici une heure, car elle était occupée. Pas très malin ce Luc, il leur avait dit que « deux en même temps, c’était spécial et que ça serait plus cher »
…
Les deux flics lui avaient directement passé les menottes, avaient sorti Gigi et son client de la chambre et emballé tout ce beau monde, moi y compris !
Au commissariat, on avait fait appel à une assistante sociale qui m’avait d’abord mené dans un foyer après avoir récupéré mes quelques affaires. Exit Vitry.
A 15 ans, je quittais le foyer au bout de quelques jours et entrais dans ce qui allait être ma dernière « famille ». Une jolie maison dans la rue du Moulin-des-Prés à Paris, près de la Poterne des Peupliers. Le père, Henry Palandon, avait 48 ans, c’était un ingénieur haut-placé à la RATP. Sa femme Annette, bien plus jeune, était journaliste je crois. Ils avaient deux enfants, Jacques, de mon âge et la jolie Florence qui avait deux ans de plus. Les Palandon avaient aménagé pour moi un grand espace mansardé sous le toit : « c’est ton domaine, Raoul ». Pour moi, après Vitry, c’était le paradis ! Nous nous sommes tout de suite très bien entendu, avec Jacques et Florence.
On allait ensemble au cinéma Le Fontainebleau et à la piscine de la Butte-aux-Cailles, où je me suis inscrit au club de natation : j’étais bien baraqué, et j’aimais croire que je pourrais faire des compétitions.
Nous
allions tous les trois au lycée
Claude Monet, rue de
Tolbiac, en face des tours du quartier chinois de Paris. A 17 ans,
j’étais en
première C, et j’obtins mon premier bac.
Annette était une grande femme rousse, très séduisante … mes fantasmes érotiques passaient alternativement d’elle à Florence.
À la fin de cette année scolaire, Henry avait loué une villa près de Ouistreham, au bord de l’océan : pour la première fois, je voyais la mer … émotion insoupçonnée. On avait une cabine sur la plage de Riva-Bella, on remontait l’avenue de la Mer pour aller boire un soda au Chalet. Le soir, on allait parfois danser au Casino, « pas plus tard que minuit, Florence ».
Pour la première fois, j’étais heureux, je me sentais en famille. Sur la plage, on jouait au volley, on draguait dans les dunes … En août, on nous avait envoyé, Jacques et moi, dans une famille près de Londres pour perfectionner notre anglais.
À la rentrée, je suis retourné à Claude Monet, en Terminale : je voulais devenir ingénieur tout comme Henry : j’ai obtenu ce fameux bac Maths avec mention TB en Juillet 1991. Henry m’avait fait inscrire en Maths Sup à Henri IV pour la rentrée … un privilège !
Florence était à la fac de Rouen et Jacques était allé finir ses études en Angleterre : je restais donc seul auprès d’Annette.
Cette année-là, j’avais profité des vacances pour retrouver René-Pierre que j’avais perdu de vue depuis Vitry, et il m’accueillit avec un grand sourire !
Alors
Raoul, on se souvient de ses vieux potes ! Viens quand tu
veux, tu es ici
chez toi.
Sa maison était vide, elle était meublée un peu comme les anciennes demeures coloniales, beaucoup de meubles en laque, de vases orientaux, une vasque avec des bambous.
Il a appelé sa gouvernante vietnamienne, qui semblait organiser la maison :
Linh,
c’est Raoul, c’est un peu comme mon
fils … donne lui la chambre bleue comme la dernière fois, il pourra y
venir
quand il veut.
Il était temps de rentrer rue du Moulin-des-Prés. Annette supportait mal l’éloignement de ses enfants. Moi aussi. Elle reportait son affection sur moi.
Puis, après qu’Henry soit parti en déplacement pour les projets d’export du Métro à Alger, nous étions souvent seuls à la maison elle et moi. J’en profitais, je me sentais tellement bien auprès d’elle. Je l’accompagnais quelquefois au ciné, et elle me fit connaître un peu la vie de Paris, théâtres, expos, musées, discothèques… j’avais 18 ans !
Et l’inévitable avait fini par se produire.
Je ne me souviens plus dans quelles
circonstances exactes,
en sortant du Navy Club un soir de folie, je me suis retrouvé dans son
lit.
L’interdit, un quasi-inceste. Ce fut terrible et merveilleux, j’avais
tellement
rêvé d’elle ! Amante accomplie, ses baisers, ses mains, son
sexe, son
corps qui se cambrait, ses gémissements … elle me fit homme.
Le lendemain de cette nuit passée au paradis, elle me jeta en enfer.
Raoul,
ce n’est plus possible, c’est ma faute Raoul, c’est ma faute !
Je ne sais
pas ce qui m’est arrivé, mais tu dois t’en aller, comprends-tu. Tu as
tes 18
ans, tu es un homme maintenant, je sais que tu sauras te conduire dans
la vie.
Ne sois pas triste, ni fâché avec moi, car je t’aime beaucoup Raoul.
Mais
comprends-le, personne ne doit savoir, cela restera notre secret.
Je fus ravagé par ce bannissement si brutal, si douloureux, que je trouvais injuste : je n’avais rien fait de mal à vrai dire, j’étais amoureux d’Annette, tout simplement ! Mais bien sûr, je ne pouvais m’opposer à sa volonté.
Personne sauf elle n’a compris quand les jours suivants je leur annonçais mon départ.
Le soir, nous avons déjeuné un repas préparé par Linh, et je lui ai expliqué que je ne pouvais plus vivre chez Annette. Il avait compris, et ne m’avait pas demandé les raisons, seulement si j’étais majeur ? Oui, depuis quelques mois …
Ce que je voulais faire ?
J’aurais pu m’installer chez lui et poursuivre les études, mais ce n’était pas ça que je voulais : il y avait la guerre du Golfe, ce conflit qui opposait l'Irak à la coalition conduite par les États-Unis après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein : la première guerre du pétrole !
Je
veux changer de vie ! Je veux faire comme toi, et aller combattre en
Irak.
J’ai donc quitté Paris, et n’ai plus jamais revu aucun des Palandon, les ponts étaient coupés. Ravagé et meurtri au plus profond de mon être, je me suis ensuite refusé plusieurs temps après à nouer de vraies relations avec les femmes … seulement pour le sexe.
Jusqu’à ma rencontre avec Angélique, le coup de foudre.
En même temps que j’écris ces mots,
je me rends compte
qu’Angélique ressemblait à Annette …
Que suis-je devenu, depuis ce moment douloureux ?
Comme
souvent, je revis l’époque où
j’avais été combattre en
Irak, après la guerre du Golfe. Je venais de quitter Annette, meurtri,
ravagé
par son rejet, cette rupture : je n’avais plus de but. A 19
ans, en roue
libre, j’avais eu envie de tout casser, de vivre pleinement pour
oublier. Je
m’étais réfugié à Neuilly chez René-Pierre.
René-Pierre avait des amis au bureau de K Security à Londres, il m’y avait introduit. Par chance, je parlais bien la langue de Shakespeare. Après quelques heures d’entretien, d’examens médicaux et de tests physiques, le patron de K me proposa de participer à des missions de sécurité au Moyen-Orient, un job qui payait plutôt bien : 5.000 livres par mois, hors frais.
J’ai reçu une formation pro aux techniques de combat, au maniement des armes, aux communications, parachutisme et entrainements intensifs !
Tirs à balles réelles (nous avions un gilet pare-balles), noyade dans de l’eau glacée, marches forcées de 80 kilomètres en portant des blocs de béton …
Fin 91 (j’allais vers mes vingt ans) je fus parachuté en Irak avec un groupe au-dessus de Nadjaf, à deux heures de Bagdad et quatre heures de Bassora.
Une mission secrète (commanditée par
la CIA, je l’ai appris
après) pour protéger des sites pétroliers ou industriels, observer le
pays et
contrôler les séides de Saddam dans cette période de crise qui a suivi
la fin
de la « Tempête du Désert ».
Nous étions positionnés sur la rive est de l’Euphrate, une des riches régions agricoles de l’Irak, avec un périmètre qui couvrait le barrage de Hindiyah jusque à Babylon.
Les chiites contre
les sunnites …
Je ne pensais plus que rarement à Annette, je commençais sinon à l’oublier, du moins son souvenir s’estompait.
Nous formions une petite équipe, très mobile, très « performante », dirigée par un ex-commando british, notre coach. Nos actions - plutôt dégueulasses diraient les certains - tournaient autour de la protection de personnalités, de surveillance, d’élimination ou d’enlèvement de cadres baasistes, de provocations, de sabotages voire même d’attentats ...
Ainsi,
l’une de nos missions étaient
de protéger les
intérêts américains, comme à Falloujah, quand des moudjahidines avaient
mutilé
et brûlé des américains, ou les pendus sur le pont qui enjambait
l’Euphrate.
Parfois aussi on nous confiait des fonds pour payer des rançons : quand on arrivait trop tard, alors on se partageait le fric. Beaucoup de fric.
Notre « coach », James Boy, un écossais que l’on avait baptisé ‘James Bond’, m’avait pris en main : je perfectionnais sur le terrain le maniement des armes blanches, le camouflage, le combat rapproché … mais aussi à gérer le fric qu’on avait détourné (dont naturellement, il prélevait sa part !).
Mercenaire. C’était le début d’une nouvelle partie de ma vie. C’était excitant, beaucoup d’adrénaline, beaucoup de stress mais de jouissance aussi. Nous étions à la fois prédateurs et cibles. J’ai vu plusieurs d’entre nous se faire descendre par les snippers, sauter sur des mines ou être égorgé par des moudjahidines, par des troupes Irakiennes.
C’est là que j’ai connu Bertrand,
un jeune gars de 21
ans alors, très vif, qui comprenait vite les situations, avec beaucoup
d’instinct : un second sens qui nous permit plusieurs fois d’échapper à
des
embuscades et à des mauvais coups.
Il avait sauvé Antonio quand des
moudjahidines
l’avaient capturé et enfermé dans leur nouala pour le torturer.
Il y avait aussi l’horreur
avec
la Charia, quand nous
avions assisté impuissants à la lapidation d’une jeune fille, cachés
dans une grotte de sable.
Je n'ai jamais su quel était le véritable « crime »
de cette jeune fille. Elle lisait ? Elle écrivait ? Elle chantait ?
C’était peut-être seulement pour
s’amuser … ils l’ont jeté à terre comme un vieux chiffon. La première
pierre est venue d'un
homme jeune, d'environ son âge. L'impact que j'ai entendu a été plus
fort pour moi que pour Bertrand.
Son sang éclaboussa le soleil et
atterrit sur la
première poussière. Comment a-t-elle survécu à cette première pierre,
je ne
peux pas le dire, je souhaitais seulement qu’elle soit morte au lieu
d'entendre
son cri.
Les minutes suivantes furent les
pires. Pierre après
pierre, ils sont venus et ont frappé cette pauvre fille. Des flaques de
sang
avaient déjà commencé à se former. Son sang s'infiltrait dans la terre
se transformant en un gris/rouge terne provenant de sa chair.
Avec Bertrand, je suis resté
assis. Et nous avons du regarder,enregistrant chaque seconde, si
impuissants et désespérés ...
C’était ça,
la Charia !
Après K S, il y eu l’américain Redwater, tout puissant à Bagdad, protégé par les services de Bush et piloté clairement par le Pentagone.
L’état-major de Redwater contrôlais plus d’un millier de personnes sur le terrain : une véritable armée, avec tous les moyens d’une organisation militaire. Notre groupe ne représentait qu’un des maillons de Redwater.
J’avais complètement oublié Annette.
…
Les rares soirs de pause, on faisait des virées avec des copains comme Antonio, dit « Le Gitan » (il jouait de sa guitare), qui m’avait adopté après m’avoir sauvé d’un snipper.
Antonio avait alors 45 ans, et était en pleine puissance de ses moyens.Autour de Bagdad, il n’y avait que du sable et des putes dans les bordels : souvent de très jeunes filles vendues ou exploitées par leurs propres parents … aucun risque de s’attacher, même si plusieurs d’entre elles nous imploraient de les emmener, comme la très belle Zainab qui n’avait pas quinze ans !
Après
le 11 septembre je suis
retourné en Irak comme chef de
groupe, avant le début de la Guerre d’Irak : à 30 ans j’avais
gagné mes
galons. J’avais accumulé pas mal de fric aussi. Un petit groupe composé
de
têtes brûlées, dont Antonio, plusieurs anglais disparus depuis, le très
sulfureux Hassan « el Morocco », ancien tortionnaire
de Tazmamart, ce
centre secret où le général Dlimi enfermait les opposants à Hassan II,
et
Günther, un pro allemand qui avait fait Sarajevo jusqu’en 1996. Une
fine
équipe !
Par la suite, lors de notre retour à Londres, Bertrand avait continué à faire équipe avec nous.
Des combats, des morts, des blessés,
des assassinats, des
enlèvements, des viols, des tortures comme dans le centre d’Abou
Ghraib, l’un
des centres de l’armée US, révélé au monde en 2004. Innommable.
Mercenaires, pour le sale boulot
d’une sale guerre !
Al-Qaïda, Al-Baghdadi, Daech, ISIS et djihadistes de tous bords.
Fin 2006 mon groupe a été dissous, et je suis rentré en France, juste avant l’exécution de Saddam Hussein.
Nous avions baptisé notre groupe Irakien « le Club Des Douze », et avant notre départ de Bagdad, on s’était promis de rester en contact, de nous entraider et de nous soutenir en cas de nécessité, ou pour réaliser des opérations.
Parmi ceux qui figuraient, il y avait le noyau formé par Antonio, Bertrand, Günther, Bill un ancien Marine US, le Professeur et ‘James Bond’ mon instructeur.
Nos
actions n’avaient finalement
servi qu’à enflammer le
monde de l’Islam.
Un incendie qui allait se propager sur la terre entière. Et qui continue encore aujourd’hui.
Juste avant
de quitter l’Irak,
j’avais conduit une opération
de nettoyage pour éliminer un groupe d’une vingtaine de djihadistes
cachés dans
une grotte, et nous en avions ramené une malle bourrée de billets de
100
US$ : un vrai pactole, un trésor de guerre que nous allions
nous partager !
C’est Günther qui nous a apporté
la solution : il connaissait bien une petite banque en Namibie !
Le plus difficile et périlleux était de déplacer cette malle de dollars et de la faire sortir d’Irak, en passant la frontière Turque où Hassan avait un contact, Erwan, combattant kurde …
Ce passage pouvait se faire depuis Zakho dans le Kurdistan, tout près de Kapili en Turquie. Nous partions de Kerbala, plus de 850 kilomètres à faire, en suivant plus ou moins les rives du Tigre.
On avait évité Bagdad et préféré Falloujah, puis Samara, Tikrit, Mossoul et enfin Zakho peut-être via Dahuk et Amedi.
Nous prîmes la
route avec un grand
Hummer qui transportait
notre « Pactole » et 2 pick-up Toyota armées de mitrailleuses que
Günther avait
« emprunté » aux moudjahidines, l’un devant et l’autre derrière …
On roulait plutôt le jour, on mit près d’une semaine pour atteindre la Turquie en évitant plusieurs points chauds ! Par chance, nous n’avions rencontré ni milices, ni tempête de sable.
Ouf, on était sorti d’Irak ! Erwan nous a loué un car pour atteindre l’aéroport de Gaziantep : un charter nous attendait pour atteindre Walvis Bay en Namibie …
Après 20 heures de vol, c’était Swakopmund !
Nous nous sommes fait ouvrir des
comptes via un trust dont
nous étions les gérants. Un mécanisme complexe et fiable que Günter
avait déjà
pratiqué et qui s’est révélé efficace. Nous avions de quoi redémarrer
dans nos
vies.
Günther est resté à Swakopmund, à
plus de dix mille
kilomètres de Lyon, pour se ressourcer auprès de la jolie Gerda, une de
ses
cousines qui dirigeait un des anciens hôtels historiques, face à
l’océan et
proche de l’aéroport.
Il appartenait à la famille de Gerda, des descendants des Hohenzollern qui avaient colonisé la Namibie dans les années 1910. Swakopmund, à 40 km du port de Walvis Bay, reste encore aujourd’hui l’une des destinations favorites des Allemands en Afrique.
Il y avait aussi en Namibie, près de la frontière de l’Angola, un groupe d’anciens du Koevoet qui avaient combattu jusqu’en 1990, entrainés par l'Afrique du Sud pour combattre les guérilleros qui tentaient des incursions dans le Sud-Ouest.
Günther parlait leur dialecte et connaissait bien ces hommes puissants, aguerris aux formes les plus extrêmes du combat. Ils allaient devenir notre « pool africain ».
Hassan el Morocco étaient resté en Namibie près de Günter, et il supervisait le pool.
C’était un peu loin de la France, mais ils restaient disponibles pour nos opérations africaines. Günther leur avait procuré du matériel, des armes, et des jobs bien payés pour assurer la protection de mines, d’oléoducs et d’infrastructures en Afrique du Sud.
Antonio était rentré en France et
s’était installé dans un
joli mas au-dessus de Menton pour fonder « l’Institute of High
Security
Training » (Il avait fait agréer l’Institut par le ministère où il
avait ses
entrées, ce qui lui avait permis de ne pas être inquiété par des
administrations).
Bertrand lui aussi est rentré : il habitait Lyon chez sa sœur … une certaine Angélique.
N’ayant pas de point de chute (surtout pas Paris maintenant, mais bientôt j’irais revoir René-Pierre !) je l’y ai suivi, en espérant effacer les images de l’Irak.
…
Nos actions n’avaient finalement servi qu’à enflammer le monde de l’Islam.
Un incendie qui allait se propager sur la terre entière. Et qui continue encore aujourd’hui.
…
J’ai acheté une belle propriété près de Lyon, à Collonges-au-Mont d’Or où je me suis installé et créé ma société « Conseil en Systèmes de Sécurité et Services » …
Angélique, c’était il y a neuf ans.
Coup de foudre !
Tout ça grâce à - ou à cause de – son frère Bertrand !
Angélique était la séduction en personne : grande blonde, visage finement dessiné, yeux verts, et une joie de vivre, en apparence du moins.
Une intelligence hors du commun, un don étrange de lire, comprendre et déchiffrer nos personnalités, sans doute lié à son métier de psy …
A 30 ans, elle vivait à Lyon et élevait seule sa fille Brigitte de 7 ans … Père inconnu ?
Ce n’était pas choquant pour moi, Raoul Denis « de la Maternité de Port-Royal » !
Après plusieurs semaines de passion intense, j’avais franchi un cap : j’ai décidé de mettre fin à ma vie de célibataire pour vivre avec elle et l’ai demandé en mariage.
Juin 2010, mes fidèles amis du Club Des Douze avaient organisé une belle fête pour enterrer ma vie de garçon !
Deux jours plus tard, j’étais de retour à Collonges pour le mariage.
Angélique était magnifique, éblouissante, sa tenue très élégante mettait en valeur sa grâce, sa beauté. Elle rayonnait vraiment, même si ces mots peuvent sembler conventionnels. Tout le monde applaudit quand elle parût à mes côtés en sortant de la mairie de Collonges, tous nos invités nous attendaient avec du riz et des confettis pour nous féliciter ! Bertrand, photographe, nous faisait prendre des pauses sur le perron et réglait son objectif pour saisir dans le plus grand naturel cette belle étape qui concrétise notre union.
Nous nous rendîmes au bord de la
Saône, chez Bocuse,
accompagnés par les klaxons des amis : il y avait Bertrand
bien sûr,
Günther et Antonio « le Gitan » et d’autres copains
d’Irak ou
d’Afrique. Quelques amies d’Angélique aussi que je ne connaissais pas.
J’ai alors découvert le père d’Angélique et de Bertrand : il avait fait le voyage depuis Isbergues. Angélique n’avait pas voulu l’inviter, sans m’expliquer pourquoi.
C’était un homme gris, transpirant, qui n’attirait pas la sympathie de prime abord.Bertrand était d’abord resté muet, avant de leur dire rudement de décamper en les poussant dehors.
Mais
c’est notre fille, vous comprenez !
Ils n’étaient pas restés, mais j’étais intrigué : Angélique me dit qu’elle m’expliquerait un jour …
La fête s’était déroulée sans peine le long de la journée, la mariée avait dansé avec tout le monde !
La fête allait continuer … avec notre
voyage de noces !
Pour
le lendemain,
j’avais affrété un avion pour continuer à Swakopmund, chez
Gerda : Günther
avait réservé tout l’hôtel de sa cousine et organisé un grand trip en Namibie.
Un hôtel magnifique, face à l’océan, avec sa grande plage de sable fin.
Gerda nous avait fait apprécier la gastronomie locale, mais aussi celle héritée de ses ancêtres Hohenzollern.
Deux semaines inoubliables, cactus immenses, fourmilières géantes, otaries à fourrure, zèbres, autruches, éléphants, lions, girafes … spectaculaires couchers de soleil dans le désert du Namib, aux dunes de Sossusvlei et dans les canyons !
Vraiment inoubliables surtout pour Antonio qui s’était fait voler sa montre Patek … 50.000 dollars !
On en avait profité aussi pour créer
une filiale Namibienne
de ma société de « Conseil en
Systèmes de Sécurité et
Services » et consolider nos rapports avec la banque … pour
faire
comprendre à quel point nous étions soucieux de la bonne gestion de
notre
trésor !
Les bonnes choses ont une fin, et deux semaines plus tard, nous sommes revenus en France.
Nous vivions dans la vaste propriété que j’avais acheté, Chemin du Champ, près des bois, à Collonges.
Il y avait plusieurs bâtiments : Angélique y avait créé son centre de thérapie mentale et de mon côté j’y avais installé mon business, C3S : le carnet d’adresse du Club me permettait de jouer un rôle de diplomatie occulte.
Du renseignement, du conseil et de la formation, et quelquefois, de l’action. Pour l’Afrique, le pool Namibien se révélait très efficace.
Cela me prenait beaucoup de temps loin de mon Angélique mais cela renforçait nos sentiments.
Angélique mis au monde notre petit
Paul, un très beau garçon
qui avait hérité des traits de sa mère. On l’adorait !
Parfois je m’inquiétais de l’humeur d’Angélique qui pouvait rester prostrée plusieurs heures sans dire mot : c’était une autre Angélique que je ne connaissais pas et que j’allais bientôt découvrir.
Comme le temps passe ! Voilà bientôt 25 ans que j’avais connu René-Pierre à Vitry, dans le petit bordel de Gigi, l’ancien légionnaire qui m’apportait des livres qui ont sans doute orienté ma vie de mercenaire !
Il y a 15 ans, je m’étais refugié chez lui, après avoir été obligé de quitter Annette, triste souvenir !
C’est lui qui m’avait parrainé auprès de K Security International à Londres pour m’envoyer en Irak.
Il devait avoir 75 ans maintenant.
Je m’étais promis d’aller le voir à mon retour de Bagdad mais une espèce de crainte m’en avait empêché. Il faudrait que je lui raconte un peu comment c’était passé ma vie de mercenaire : quel serait son jugement ? Aurait-il des reproches à me faire ? Devrais-je lui parler du Club des Douze, de mon pactole ? Bref, c’était mon état d’esprit en attendant que son TGV accoste à Lyon-Perrache.
René-Pierre c’était un peu mon père en quelque sorte !
Mon
cher René-Pierre, je
vois que tu n’as pas changé depuis
15 ans … ou si peu !
Merci
Raoul, toi par contre, tu n’es plus le gamin que j’avais envoyé à
Londres en 91
!
Après plusieurs accolades, j’emmenais René-Pierre à Collonges pour lui présenter Angélique et le petit Paul qui avait un peu plus de deux ans.
Chemin faisant je lui parlais
rapidement de mon parcours et
surtout de C3S et de mes projets. Il opinait du chef, en disant « bien,
bien
… »
Même
si tu ne m’as pas donné signe de vie – je ne t’en veux pas, un tout
petit peu
quand même – j’ai eu de tes nouvelles par mon ami londonien de K
Security qui
m’avait dit apprécier ton équipe … J’ai perdu la suite quand tu es
passé chez
Blackwater.
Lui-même me fit part de ses dernières missions :
J’ai
été requis par le MI6 dès 2006 pour des interventions en Afghanistan,
au Yémen,
en Jordanie et en Iran. Pas de quoi s’ennuyer.
Puis,
le Département d'État américain et le Pentagone m’ont également confié
le
contrôle de la formation militaire en Afrique.
Aujourd’hui
je suis devenu conseiller militaire auprès du patron de nos Armées ce
qui
m’ouvre de nombreuses portes, en France mais aussi dans d’autres pays
d’Afrique
et du Moyen-Orient !
Si
on peut s’arranger, je pourrais t’aider pour réaliser tes projets …
Il avait épousé Linh, la vietnamienne qui s’occupait de la maison de Neuilly :
La
maison n’a pas changé, tu as toujours ta chambre bleue, quand tu
remonteras à
Paris ! Si je devais disparaître c’est Linh qui hériterait de tout.
Voilà, on arrive à Collonges, je rentre dans la propriété, je gare l’Alfa dans le hangar, près de la Toyota d’Angélique et je donne un coup de klaxon.
Pierre-René admire la propriété :
Ben
dis donc Raoul, quel beau domaine tu as ! Ça vaut un bon paquet, tu as
gagné au
Loto ?
On
peut dire ça, je t’expliquerais !
Angélique sort de la maison, souriante, en portant le petit Paul et lui souhaite la bienvenue.
Enchantée, René-Pierre, on vous a préparé une belle chambre, je vais vous y conduire!
Durant son séjour, René-Pierre examina la situation et me
donna quelques bons tuyaux pour les projets d’export.
Un peu après la naissance de notre fils Paul, Angélique a fini par me révéler son secret, ce secret horrible qui l’avait profondément marqué.
Cette soirée-là, après une profonde respiration, Angélique commença son récit, dans l’obscurité de la chambre.
« Nous habitions à Isbergues, où mon père était contremaitre dans une grande usine sidérurgique, et ma mère employée à mi-temps à la mairie comme dactylo. On habitait une de ces maisons typiques du nord, en briques rouges avec son jardinet, maison que son usine lui avait attribuée. Tu connais Bertrand, mon petit frère était un garçon un peu frêle mais déjà très batailleur ! La maison était plutôt grande, deux chambres à l’étage : celle de Bertrand plus petite que la mienne. Mon père avait deux passions : la pêche et le foot. Ma mère, c’était le tricot, la broderie, et les histoires d’amour qu’elle lisait dans le magazine « Nous Deux ».
On allait, Bertrand et moi, à la même école, à quelque distance de la maison. J’étais plutôt bonne élève, il le fallait car je voulais devenir médecin. En rentrant de l’école, après les devoirs, je dévorais les revues que le docteur Dubus m’apportait quand il venait soigner ma mère de son asthme. Je trouvais aussi des livres à la bibliothèque municipale qui parlaient de grands acteurs comme Averroès, Avicenne, Pasteur, Fleming ou plus contemporains comme Barnard.
Le soir, après la soupe, les parents venaient, chacun leur tour nous embrasser dans nos chambres. Mon père, allongé près de moi, écoutait en souriant mes rêves, mes histoires, l’école, les copains et copines, et aussi les cancans du quartier. Parfois il m’interrogeait sur les garçons de la classe, mes « fiancés » et me disait de ne pas faire de bêtises … sans que je comprenne alors ce qu’il voulait dire. On a grandi comme ça, une petite vie ordinaire. »
Ça a changé pendant les vacances l’année de mes 12 ans. J’étais alors une jolie jeune fille, blonde, le visage fin, des yeux verts, une poitrine naissante.
Ce
quatorze-juillet nous avions
été à la fête, dansé avec l’orchestre de la ville, mangé des
brochettes,
admirer les feux d’artifices … ce soir là aussi, mes parents avaient bu
plus
que de raison, ils étaient un peu ivres … !
On était rentré tard à la maison, ma mère était allée se coucher direct !
Mon père riait fort et avait chahuté avec moi : en toute innocence, je riais de ses chatouilles.
Chut !
tu vas réveiller maman !
Il
était étendu sur mon lit et
me caressait la joue.
Puis le cou.
Je
t’aime tellement mon Angélique …
Moi
aussi, je n’aime que toi mon papa !
Il avait pris ma main pour la poser sur son pantalon où j’avais senti un renflement, sa « bosse », comme il disait.
Chatouille-là,
ma bosse, j’aime ça !
En même temps, il passait doucement sa main entre mes cuisses.
Un peu excitée, le feu aux joues, sans comprendre, Angélique avait « fait plaisir à papa » en resserrant sa main ; la bosse grandissait, papa la tenait plus fort et il lui avait dit « plus fort, plus vite », jusqu’à ...
C’est
notre secret, il ne faut en parler à personne, surtout pas à
maman !
Il avait ensuite quitté ma chambre, non sans m’embrasser encore maintes fois :
Je
t’aime tellement mon Angélique …
Le lendemain, il était revenu me dire bonsoir, mais cette fois il était nu sous son pyjama. Et ils avaient « joué avec la bosse ». En même temps il lui caressait le ventre, entre ses cuisses.
Et ils avaient joué encore les lendemains, sauf que ce n’était plus avec « sa bosse », mais avec son sexe, et que ses caresses étaient de plus en plus insistantes … à 13 ans, elle avait ressenti sa première secousse : à cet âge, c’était une surprise, elle ne pouvait comprendre.
Ça
a duré deux ans. J’avais de plus en plus de mal à regarder ma mère,
celle qui
avait choisi de ne pas réagir, de ne pas me protéger : elle
savait, mais
avait fermé les yeux et j’avais commencé à la prendre en grippe, à la
détester.
Mon refuge était l’école, je m’absorbais dans les cours, et devint la
première
de la classe. Le reste du temps, je me réfugiais à la bibliothèque.
Angélique, dévastée, n’a pas pu en dire plus, on peut le comprendre. Elle reprit après quelques instants …
A
15 ans, j’avais pleinement pris conscience de la situation et que mon
père
était un vrai salaud. Depuis quelques temps, à la télévision, dans la
presse,
étaient dénoncées des affaires de pédophilie, de parents incestueux, de
viols.
Il y avait eu particulier l’affaire Colombine.
Un
soir, ce monstre avait voulu pousser plus loin ses caresses, son
ignominie ...
C’est
cette nuit-là, avant le lever du soleil, que je me suis enfuie de la
maison,
et, grâce à l’aide d’une jeune fille en fuite, Jofranka,
je me suis cachée pendant deux jours, avant d’aller à la gare routière
d’Isbergues … direction la Belgique à Ypres où habitait tante Yvette.
Bertrand
m’a rapporté que ni mon père, ni ma mère n’avaient alors signalé ma
fugue,
« elle était en Angleterre pour améliorer son
anglais » disaient-ils
…
Angélique fini par me confier que
c’était avec Bertrand que
son salaud de père avait continué !
Je regardais maintenant Bertrand autrement ...
Je
me suis alors réfugiée à Ypres, en Belgique chez la tante Yvette - la
sœur de
ma mère - qui avait compris la situation et m’avait protégée en secret.
Avec
son aide, j’ai pu me reconstruire.
J’ai
abandonné l’idée de devenir médecin et suivi les cours de psy à
l’université de
Louvain : six ans plus tard j’en était diplômée, à 21 ans.
Elle avait commencé à se battre pour
sa vie, elle s’était
installée à Lyon. Elle avait d’abord été extraire Bertrand de
l’enfer : il
l’avait suivi à Lyon, puis à 18 ans, il s’était engagé chez les paras,
puis
comme volontaire en Irak.
Après avoir écouté son récit, j’étais
au bord de
l’écœurement, la nausée.
Le sang me battait les tempes, ma réaction première était d’aller buter son salaud de père, mais Angélique m’en dissuada :
C’est
trop tard Raoul, ça ne réparerait rien … je ne veux pas déterrer ce
passé !
Elle poursuivi sa confession …
Un
soir à Lyon, grande émotion, j’ai retrouvé Jofranka,
trapéziste dans un cirque, le Zodiac Circus… Comme elle me l’avait
prédit quand
j’avais fui Isbergues ! Nous nous sommes revus plusieurs fois
à cette
époque, et elle m’avait raconté ce qu’était devenue sa vie. Sa famille
l’avait
retrouvé deux ans plus tard, elle avait 19 ans, et avait dû subir les
viols de
ce vieux mari qui l’avait séquestré. Son père avait été tué il y a
quelques
temps dans une de ces rixes entre forains : elle avait hérité
du Zodiac
Circus …
Jofranka était devenue une grande
belle femme, blonde,
athlétique … elle avait perdu son accent depuis Isbergues.
Son mari aussi était mort, fracassé au cours d’une bagarre, trois ans après la fuite d’Isbergues. Elle vivait seule dans son cirque.
Maintenant,
Jofranka a des projets, après avoir réussi à revendre le Zodiac Circus.
Elle
s’est installée en Provence. Depuis, nous nous revoyons de temps à
autre, et
nous nous parlons au téléphone.
…
Quelque temps après, Angélique avait
rencontré Michel, un étudiant en médecine, qui lui donna sa fille
Brigitte
avant de s’enfuir sans laisser d’adresse. Sans reconnaître l’enfant,
bien sûr,
un salaud de plus, lui avait dit Jofranka qui n’avait pas les hommes en
haute
estime.
Tante Yvette m’a aidé en payant mon
loyer : au début c’était difficile de se faire connaitre des
Lyonnais,
mais au bout de deux ans, mon cabinet de psy a commencé à bien
fonctionner, et
j’ai pu rembourser ma très chère tante !
Après m’avoir confié ces terribles secrets, je trouvais qu’Angélique avait changée.
Peut-être était-elle libérée de ce poids ? À moins que ce ne soit moi qui la voyais autrement ?
…
Je me suis alors souvenu de ma propre histoire, quand Annette m’avait rejeté : je croyais l’avoir oublié, mais finalement non, on n’oublie rien, les souvenirs s’empilent, prêts à ressurgir.
C3S, ça marchait fort ! Les conflits en Irak, les djihadistes, les attentats et les printemps arabes avaient fait exploser la demande de sécurité. Grâce aux recommandations de René-Pierre et à nos cv Irakiens et autres, on pouvait offrir nos services de sécurité, un peu en Europe mais surtout en Afrique et au Moyen-Orient.
La plupart du temps, pour des
dirigeants politiques, des
industriels et des affairistes. Parfois en free-lance, le plus souvent
en
groupe, avec Bertrand, Günther et d’autres membres du Club pour les
missions
« lourdes ».
Antonio préférait rester autonome, mais il nous donnait parfois des coups de main. Il s’est plus ou moins imposé comme « permanent » du Club, il jouait le back-office du Club depuis son « Institute of High Security Training ».
Le comportement d’Angélique s’est
progressivement altéré.
Notre émerveillement du début avait fait place au désenchantement, à
une forme
d’indifférence.
De l’indifférence à l’antagonisme, à la détestation même.
Angélique acceptait de moins en moins mon job qu’elle jugeait péjorativement.
Rapidement, nos rapports avaient pris un tour polémique. Angélique s’opposait de manière de plus en plus véhémente à mes bizness qu’elle jugeait criminels pour la plupart : je n’arrivais plus à lui expliquer ce qu’était la sécurité et à la raisonner.
A la fin, je n’avais rien trouvé
d’autre que la contrainte,
la violence même hélas. Un gâchis, un échec, tout ce que détestais, en
quelque
sorte j’avais honte de moi.
La première fois, ce fut au cours
de la violente
dispute à propos d’une mission de sécurité rapprochée pour un despote
africain,
accusé de faire régner la terreur avec ses gardes : l’eau du
Congo se
teintait souvent de rouge, il craignait pour sa vie et celle de ses
familiers.
Je n’avais pas caché à Angélique que j’aurais sans doute à recruter et
former
une nouvelle garde et à éliminer celle actuelle, compromise avec des
mouvements
protestataires.
« Tu es un
bourreau, un assassin, un criminel …
comme les nazis !»
Excédé par ses cris, je ne pus
retenir une gifle qui lui
coupa la respiration.
Elle quitta la maison avec petit Paul et se réfugia de
nouveau à Ypres où je dus aller lui demander pardon pour qu’elle revienne.
« Pardonne moi Angélique,
j’étais trop absorbé par mon dossier, j’ai manqué de patience et plus jamais je
ne te ferais subir de violence »
Angélique est en larmes ...
Comment ai-je pu me tromper sur cet homme, j’ai été aveuglée
par son ivresse, sa passion ?
…
Je pris l’avion le lendemain de
son retour pour
assurer ma mission : dans ce job, on ne peut pas renoncer car
tout se
sait, et cela aurait détruit l’image de C3S.
Elle quitta la maison avec petit Paul et se réfugia de nouveau à Ypres où je dus aller lui demander pardon pour qu’elle revienne. Je pris l’avion le lendemain de son retour pour assurer ma mission : dans ce job, on ne peut pas renoncer car tout se sait, et cela aurait détruit l’image de C3S.
…
Autre épisode, six mois plus tard, elle découvrit une relation – épisodique - avec Noémie, une jolie collaboratrice de Yaoundé venue faire un stage. Noémie avait 22 ans et était amoureuse de moi, j’avais craqué devant son charme exotique. Sur le canapé de mon studio !
Angélique avait voulu me joindre avec le Walkie-Talkie, et comme je n’avais pas répondu, elle était entrée dans le studio : devant cette situation, Noémie, toute nue, avait pouffé de rire, Angélique - folle de colère - l’avait renversée, et m’avait donné un violent coup de genoux au bas-ventre :
Et
maintenant, va la baiser, si tu peux encore !
Plié en deux par la douleur, je n’avais pu me retenir et lui avait flanqué une vraie volée : j’avais dû la conduire chez un médecin qui lui fit plusieurs points de suture. : « Accident domestique » !
Noémie s’était enfuie et réfugiée dans son hôtel. Je l’avais renvoyé à Yaoundé.
Cette fois, Angélique n’était pas retourné à Ypres, mais elle s’était installée dans une des chambres libres de la maison avec notre petit Paul.
Le cycle de violence s’était installé entre nous,
entre-coupé d’accalmies, je dirais de réconciliations où on tentait de
retrouver nos premiers états.
La dernière fois, il y a trois mois, toujours à propos de mes jobs, elle m’avait sommé de renoncer et menacé de révéler ce bizness à des journalistes de Lyon …
« Raoul, si tu m’aimes,
abandonne ce projet, cette vie de mercenaire, tu as tellement d’argent que tu
peux devenir un autre homme que je pourrais aimer ! Si tu ne veux pas
m’entendre, ce sera fini entre nous … »
Cette fois-là, le recours au médecin du coin n’a pas été
suffisant, j’ai été obligé de l’amener dans une maison de repos discrète où
Antonio avait ses entrées.
A la réflexion, la vie avec elle ne me semble plus possible.
Il faut trouver une solution rapidement avant qu’elle ne mette ses menaces à
exécution.
J’ai posé la question à Antonio pour avoir son avis ... je vais en discuter avec lui ce soir !
Chloé
décroche :
Eh bien
Pierre, ça a marché ! J’espère qu’il ne t’a pas fait trop de
mal ? Ce
type était tellement prévisible, je l’ai tamponné : j’ai sa
carte, et je
parierai qu’il va bien vite m’appeler …
Chloé jette un œil dans le rétro, mais la route est déserte, à part un autocar qui promène ses touristes.
Pierre-le-jean-foutre approuve et la rassure :
Bravo !
Moi je vais bien, mais toi fais attention, ce gars est du genre
coriace, il est
dangereux !
En tout
cas, il est pas mal, avec son air de ... J’aurais pu tomber plus mal,
et devoir
trimbaler un déchet, comme la dernière fois !
Eh, Chloé,
ne t’emballe pas, ce n’est pas une partie de plaisir, je n’ai pas
besoin de te
rappeler le but ! Tu pourras t’amuser après si ça te
chante !
Elle rit :
Mon pauvre
Pierre, ne soit pas comme ça, tu sais bien que tu n’es pas mon genre,
alors ne
soit pas jaloux. Je ferais comme je veux, et si coucher avec lui ne
nous fait
pas gagner du temps, au moins ça me détendra ! Allez, bye
Pierre, à plus
tard, je te tiendrais au courant !
Attends !
Je me suis renseigné sur ce gars, tu vas être surprise, il dirige une
entreprise de sécurité près de Lyon …
Alors, que faisait-il donc près non loin d''Avignon?
Chloé reste coite … Non loin d'Avignon ? est-ce le
hasard ?
Elle raccroche et
poursuit sa route en ruminant ces nouvelles informations.
Chloé accélère, la BM bondit jusqu’à ce que l’assistante en ligne de BM lui rappelle qu’elle dépasse les 180 et l’invite à ralentir. Chloé lui cloue le bec et poursuit sa route.
Elle
passe Cavaillon. Les
Alpilles sous le soleil, une merveille. Orgon. Sénas. Salon-de-Provence
enfin.
…
J’y
suis presque dans ma
belle Provence, mon mas est à 5 kilomètres, juste derrière l’Abbaye de
Saint
Croix ! Mon bonheur, loin des villes.
Le
groupe doit m’y rejoindre
ce soir, nous avons beaucoup de choses à nous dire !
La BM franchit un portail automatique dernier cri, Chloé se gare au pied de l’escalier. Son mas est une grande bâtisse ancienne qu’elle a achetée il y a près de dix ans, avec une grande réception aux allures médiévales : cheminée massive et bancs en pierres de taille. A l’étage son appartement privé, une grande chambre et un salon. En face, la bibliothèque et la chambre de Juana, sa « sœur ». Un escalier en pierre conduit aux trois chambres qu’elle réserve à ses invités. Une dépendance avec une salle de sport, une pièce pour le jardinier et un hangar pour les voitures et les tracteurs.
Elle se dirige vers la porte. Juana l’embrasse en ouvrant le battant.
Chloé s’installe dans son salon et s’allonge sur une méridienne pour écouter Shéhérazade qu’elle affectionne.Les
montagnes sauvages, la chaleur en
été, les abeilles, le
froid et le vent en hiver, les loups … Les camps dans la forêt, le
chant des
guitares, les caravanes … Tsiganes … les cirques avec les chevaux, les
tigres,
et aussi les fêtes, les rires et applaudissements des enfants … les
cris … ma
famille, mon père et ses mensonges, le viol et le mariage, la fuite, la
mort …
…
Avant de mourir, Manolo m’avait confié qu’en réalité il n’était pas mon père mais mon oncle !
Il m’avait enlevé en Allemagne où je vivais avec mes parents, Hans et Anna.
J’avais alors quatre ans. Aujourd’hui il ne me restait peu ou pas de souvenirs de ce Hans, de cette Anna.
Manolo s’expliqua :
J’avais
une sœur, Dolorès qui avait deux ans de moins que moi. Elle était d’une
beauté
resplendissante, avec un corps sculptural … le feu de ses yeux ! Lors
de nos
tournées, tous les hommes bavaient devant elle. Notre route avait
croisé celle
d’un officier allemand, Reinhard, qui était tombé fou d’amour et de
désir pour
elle.
Elle avait
18 ans. Lui, dix de plus. Il était bel homme, un de ces allemands
blonds au
yeux bleu, et Dolorès céda à ses avances, par jeu ou par défi. Elle me
fit des
confidences : il lui disait qu’avec son tempérament de feu, elle seule
le
faisait jouir !
Je lui
avais dit qu’il n’était pas tsigane, et que ce n’était rien de bon,
mais elle
ne m’écoutait pas.
Quand
notre troupe a décidé de lever le camp, elle m’avoua qu’elle était
enceinte de lui et
qu’ils allaient se marier !
Ce
Reinhard, il serait ton grand-père, Jofranka, te tu rends
compte ? Il a
ensuite organisé la mort de milliers de tsiganes en Pologne, alors même
sa
femme était tsigane ! C’était un officier SS de haut rang, issu d’une
vielle
famille proche des von Bülow.
Leur fils, Hans, était né en pleine guerre dans le petit village de Schallstadt près de Fribourg.
L’un
de ses officiers, aussi SS, l’avait
dénoncé à Himmler, et quelques jours après la naissance de Hans,
Reinhard avait
égorgé « Dolorès
la tzigane », de peur d’être dégradé.
Ma Jofranka,
ce n’est pas par hasard que c'est toi que j’ai enlevé, c’est après
avoir cherché Reinhard Shirach au terme d’une longue
traque,
animé par ma volonté de vengeance.
Ce
grand-père Reinhard n'était pas, comme le disent les chroniques nazies,
un
jeune
soldat décédé honorablement sur le champ de bataille pendant la Seconde
Guerre
mondiale. Il a été responsable de la mort des « minorités » … alors
même que
Dolorès – ta grand-mère - était tsigane !
Manolo écrase une larme …
Dolores,
ta mère, c’était aussi ma sœur et il l’avait étranglé.
Reinhard avait fui en Argentine où il est mort paisiblement il y a 60 ans, ses camarades au pied de sa tombe, criant ‘Heil’.
Un
nazi est pour
toujours un nazi …
Interloquée, Jofranka
suffoque, les
larmes aux yeux, elle aurait voulu crier …
Manolo se tait quelques instants avant de poursuivre.
…
Hans
n’avait rien d’un tsigane, il ne ressemblait pas à Dolorès, il avait
hérité des traits de Reinhard et
passait
pour un véritable aryen. Reinhard le confia au Lebensborn
de Nordrach, près d’Offenbourg, l’un des centres où étaient
élevés des
enfants ‘aryens parfaits’, grands, blonds aux yeux bleus :
c’étaient les
critères qu’Heinrich Himmler avait édicté pour l’un des projets les
plus
horribles des nazis, créer la future élite du Reich.
Hans
n’avait jamais connu ni sa
mère, ni son père qui l’avait abandonné pour fuir en Argentine.
J’ai fini
par retrouver Hans, près de Fribourg, tu avais alors près de quatre
ans, et tu
étais le portait de ma pauvre sœur Dolores … mais blonde comme son
père !
J’ai voulu que tu reviennes chez nous, dans ta famille tsigane et je
t’ai
enlevée. Puis, nous nous sommes enfuis : Pays-Bas, Belgique,
France
avec ma
petite troupe de cirque ambulant, le « Zodiac Circus ».
Manolo l’avait marié avec un autre gitan. Treize ans après son enlèvement, elle avait réussi à s’échapper à Isbergues.
Manolo est mort quelques jours plus
tard, le Zodiac Circus
était à elle …
Pour rompre avec ce passé
douloureux, Jofranka avait
adopté un nouveau prénom … C’était Chloé.
Le disque s’arrête, et Chloé reprend ses esprits.
Cette histoire l’avait profondément bouleversée, et devait donner un vrai sens à sa vie, un sacerdoce !
La
lutte contre les nazis – il en
restait encore partout - et leurs organisations criminelles comme les
Lebensborn, contre les femmes nazies comme Johanna, une
secrétaire, envoyée dans un
ghetto en Ukraine ...
Contre la pédophilie, les viols, les mariages non consentis, contre l’excision des jeunes filles, la lapidation, les femmes battues.
Elle voulait aussi défendre la cause des femmes tziganes ...
D
ès qu’elle eut vendu le Zodiac
Circus, Chloé fonda
l’association ZODIAC pour ça.
Rapidement, nombre de victimes ou enfants de victimes des nazis l’avaient rejoint : ZODIAC était devenu un réseau Européen. D’autres adhérentes appartenaient au monde tsigane, particulièrement mobiles !
Lebensborn
était un groupe de cliniques dispersées
dans l'ensemble de
l'Allemagne et des pays voisins, où des femmes enceintes allaient
accoucher
dans le secret. Ce groupe était contrôlées par des médecins et
infirmières SS
qui prenaient en charge l’éducation des nouveaux nés.
Même si les SS on disparus, il existe encore aujourd’hui de telles cliniques, dont une dans l’arrière-pays d’Avignon, près des montagnes de Provence.
…
Le temps passe, elle s’apprête et descend dans la grande salle au rez-de-chaussée où ses invités viendront demain.
As-tu
pu joindre Angélique pour lui rappeler qu’elle est attendue ?
Non,
je l’ai pourtant appelé plusieurs fois depuis ce matin, mais c’est
toujours le
répondeur …
J’espère
qu’il ne lui ait rien arrivé, avec son salaud de mari !
Renseigne-toi !
Tôt ce matin, le téléphone de Chloé se met à vibrer … « Appel Inconnu » …
Oui,
qui est-ce ?
Une petite voie, difficile à entendre, Chloé lui demande de parler plus fort …
Chut,
c’est moi, Angélique … je suis enfermée
dans une clinique … je n’ai pas pu avoir Bertrand, viens et
me
sortir d’ici !
Chloé est abasourdie, médusée …
Angélique ?
Quelle clinique Angélique ?
Que fais-tu là-bas ?
Je ne peux pas parler longtemps, cherche l’infirmier Daoudi, trouve-le et viens me lib…
Chloé entend un grand bruit, le cri d’Angélique avant que la communication ne soit coupée.
…
Elle réagit maintenant à toute vitesse ; elle se précipite dans sa BM et appelle Pierre, lui résume la situation et lui demande :
Que
doit-on faire maintenant ?
Un petit silence … Pierre réfléchit
Lebensborn ?
On doit essayer !
Retrouvez-moi à la station Esso sur l’autoroute !
OK,
Chloé, on y sera !
Eh oui, Raoul, Angélique et moi c’est fini, sans nul doute !
La faute à qui ? Et maintenant, Chloé ! Je pressens que cela ne sera pas une banale affaire, cela m’inquiète et me réjouis à la fois.
C’est tout-moi, je ne m’emballe peut-être pour rien, mais tout à l’heure, j’ai senti qu’un courant fort était passé avec Chloé. Toujours aussi impétueux, je m’imaginais une vie avec Chloé, où j’aurais réparé mes travers, et où j’aurais été adulé par cette déesse.
Mais qui est-elle, que fait-elle, comment vit-elle ? Solitaire ? ça m’étonnerait !Je fantasme un max …
Chloé
et moi en voyage, le
Maroc … Casa, Marrakech, Agadir … Tourisme en Egypte à Louxor, en
Namibie, à
Assouan, en Argentine, au Japon … Chloé, son corps amoureusement collé
au mien,
elle me caresse entre les cuisses, je la fais jouir lentement … Elle et
Angélique.
Toutes
les deux. Avec Annette
aussi ?
Mais je reviens sur terre, ou plutôt sur la route, car Antonio m’attend à Menton pour essayer de trouver une solution au « problème Angélique »
...
Le téléphone bip!
...
C’est James Boy, il a besoin de mon aide en urgence : je vais donc devoir faire un saut jusqu’à Vintimille pour l’aider à monter son opération. Cà ne devrait pas nous prendre plus d’une journée !
Je préviens Antonio de mon retard et
j’accélère, l’Alfa
ronronne !
Le Club était installé dans un des bâtiments de l’Institut d’Antonio. Il était équipé d’un réseau informatique de pointe, sécurisé, évidemment connectés sur les darknets et sur les satellites militaires dont Bill avait su cracker le système, comme celui de la NSA, du KGB et du Mossad. Nous communiquons via le « Messenger Telegram ». Notre réseau de caméras assurait la sécurité du Club.
À
l'intérieur de la salle des
opérations, les murs étaient tapissés de cartes, avec des post-it sur
les
points stratégiques, des écrans reliés au réseau, une table de sept
mètres au
centre. À côté il y avait la salle d’armes, avec une table sur on
trouvait
quelques armes blanches, couteaux, hachettes, des nunchakus, des
Teasers, ainsi
qu’une armoire blindée avec nos divers passeports, des dossiers
confidentiels …
Mais le stock principal était sous la pièce, on y trouvait des fusils à lunette, une cinquantaine d’Uzi, de Smith & Wesson, plusieurs Remington 700, des grenades, des lance-roquettes, et aussi des équipements sous-marins, gilets pare-balles, des lance-flammes US, des masques à gaz, lunettes de vision nocturne … enfin bref, un arsenal.
Aucun risque que l’on puisse soupçonner l’existence de cet arsenal dans « l’Institute of High Security Training » d’Antonio.
Le campus
comportait trois autres
bâtiments. Le premier
était là pour héberger les masters et leurs stagiaires - le plus
souvent
membres des polices de sécurité d’états africains - pendant les stages.
Il
devait y avoir de quoi loger une centaine de personnes, mais il n’y
avait
rarement plus de cinquante stagiaires.
Les deux autres bâtiments étaient entourés de grillages électrifiés avec des affiches « Restricted area ». Un poste de garde contrôlait les accès à ces deux zones.
Le premier de ces deux bâtiments, A, semblait être un centre hospitalier. Antonio y avait son appartement, il hébergeait deux ou trois médecins et le personnel médical ad hoc. Deux ambulances étaient stationnées à proximité d’un héliport.
Le second bâtiment,
de 4 étages, ressemblait à un HLM, et devait comporter une vingtaine
d’appartements réservés aux membres, la plupart des volets restaient
baissés. …
En arrivant, je franchis le poste de garde et entrais directement dans le sous-sol du bâtiment A pour garer la voiture et un ascenseur m’amena directement chez Antonio.
J’entendais de voix qui venaient du salon de réception … A ma grande surprise, je vis que Bertrand était là, en train de boire un whisky avec Antonio. Il avait l’air tendu.
Me
voilà enfin ! Bonjour tout le monde !
Antonio se leva et vint me serrer la main, Bertrand restait impassible …
Je
ne savais pas que Bertrand serait là, Comment vas-tu ?
C’est
moi qui lui aie demandé de venir, car c’est à propos d’Angélique, sa
sœur, que
nous devons discuter je crois ! Comment va-t-elle ?
Je
viens de la voir à la clinique, elle était dans un triste état … Je ne
sais
pas ce
qu’ils lui ont fait ?
Bertrand sort de son apathie et en me regardant d’un air interrogateur, m’interpelle :
Je
suis rentré hier de Damas où je devais former la garde du Président …
je ne
sais pas de quoi vous parlez, mais je sais qu’il s’agit d’Angélique !
Je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis un mois, que s’est-il passé
depuis ?
Et
pourquoi parlez-vous de cette clinique ? Que lui est-il arrivée ?
Antonio semble gêné et intervient :
Bertrand,
calme-toi, on va t’expliquer. Ce qui s’est passé avec Angélique est
grave pour
notre Club. Il y a près d’un mois, elle avait menacé Raoul de nous
dénoncer à
la Presse ou aux autorités si Raoul ne renonçait pas et s’il ne
démissionnait
pas du Club ! Tout ce que nous avons construit depuis notre
retour serait
anéanti !
Et
alors, Raoul ?
Je
suis mortifié, Bertrand ! A ce moment j’ai pété les plombs
devant cette
menace, tu peux le comprendre ?
C’est-à-dire ?
J’ai
réagi par reflexe … je l’ai frappée … et elle est mal tombé, sur la
tête, elle
a perdu connaissance. J’ai essayé de la réanimé, en vain. J’ai demandé
quoi
faire à Antonio, et il m’a donné l’adresse de la clinique du
Professeur, une clinique un peu spéciale.
Une
clinique spéciale ? C’est quoi çà ?
Ils
ont diagnostiqué un hématome crânien qui compressait son
cerveau : ils ont
donc dû l’opérer pour éliminer ce caillot. Aujourd’hui elle est en
convalescence, sous assistance.
Bertrand, hors de lui, s’approche de Raoul, menaçant
Et
tu ne m’as rien dit ? Tu as frappé ma sœur, ta femme, au lieu
de lui
parler et de la convaincre ? On n’est plus en Irak, tu es une
brute, un
monstre ! Je veux aller la voir tout de suite et lui apporter
mon amour
pour l’aider à se rétablir, la faire sortir de ta « clinique
spéciale ».
Antonio s’interpose …
Bertrand,
calme-toi, même si tu la fais sortir et si elle revenait dans un état
normal,
cela ne la calmerait pas, au contraire, elle voudra mettre ses menaces
à
exécution ! Et cela, le Club ne peut l’accepter, toi-même serait mis en
cause !
Les amis, le Professeur aussi ! Il faut trouver le moyen d’empêcher ça…
Le ton monte, Bertrand est sur le point d’exploser.
C’est
toi Raoul le responsable, que suggères tu maintenant ? La
torturer ?
La faire disparaitre ? L’éliminer ? Ça nous
rappellerait Abou Ghraib !
Il faut aller à la clinique tout de suite, on verra après !
Bertrand se dirige vers la sortie, Raoul tente de l’arrêter, et Bertrand a pris une chaise et s’apprête à le matraquer,
Antonio
intervient à
nouveau :
C’était
comme ça qu’Antonio
voulait qu’on appelle entre nous cet ancien médecin militaire, ancien
du SAC,
mis en cause dans de nombreuses affaires de meurtres, d'escroqueries et
de
trafics de drogues. Il s’était installé avec ses équipes dans ce vaste
domaine où, entre autres, sa clinique assurait des soins aux
membres
du Club.
Il
avait aussi développé une autre
activité secrète : sa «
maternité spéciale » … pour accueillir des femmes - volontaires pour la
plupart
- qui voulaient « accoucher pour autres », pour celles qui n’en
pouvaient.
Moyennant money : plusieurs millions de femmes sont prêtes à payer cher pour cela !
Au sein de son domaine, dans un espace sécurisé, masqué par de hautes haies, il y avait plusieurs bâtiments :
Trafic humain … trafic d’organes …
Un sous-sol était aménagé dans le « pavillon bleu » pour héberger d’autres femmes, « non volontaires », étrangères, contraintes d’accoucher.
En principe, et « sauf exception », une fois l’accouchement terminé, elles étaient rendues aux pourvoyeurs qui les avaient livrées, moyennant cash.
Ça rapportait plus que la prostitution et plus discret …
Le Professeur ne voulait rien savoir de la
suite …
Au téléphone, le Professeur a communiqué à Antonio les codes pour trouver Angélique à la clinique.
Nous
roulons en pleine nuit, il est
22 heures, et nous
allons tous les trois vers la clinique, Antonio est à côté de moi dans
l’Alfa,
Bertrand nous suit dans son coupé Lamborghini … Nous avons un peu moins
de 300
kilomètres à faire, on devrait y être vers minuit …
Quand je pense qu’hier après-midi je roulais dans l’autre sens … On passe devant la station-service où j’avais rencontré Chloé ..
…
Voilà, nous sommes devant le portail, déjà ouvert, un garde nous accompagne jusqu’à la clinique – officielle – où un directeur nous accueille, les traits tirés.
Messieurs,
le Professeur a reçu l’ordre de Monsieur Antonio de vous laisser voir
Madame
Angélique … Hier soir, on l’a surpris en train de téléphoner, on ne
sait pas à
qui … mais on lui a confisqué son téléphone. Ce soir, j’ai voulu la
prévenir de
votre venue, mais elle s’était échappée de la clinique !
Ce
soir, j’ai voulu la prévenir de votre venue, mais elle s’était échappée
de la
clinique : il y a deux heures, une Toyota blanche conduite par
une femme
blonde est venue , accompagné d’un gros moustachu et de plusieurs
hommes
armés … J’ai bien été obligé de les laisser emmener votre
Angélique ;
d’ailleurs celle-ci semblait être prête au départ … j’ai pu relever
leur Numéro
!
Bertrand est livide,
Et
où sont-ils partis ?
Je
ne sais pas, ils ont quitté la clinique en direction d’Avignon …
Puis
j’ai tout de suite alerté le Professeur - il est à Londres, il va
revenir au
plus vite.
Antonio semble affolé et interpelle Raoul :
C’est
catastrophique, elle peut être n’importe où ? A Collonges ? Qu’en
penses-tu
Raoul ?
Je
ne sais rien, ils sont peut-être restés à
Avignon, ou elle a pu redescende vers le sud, ou encore remonter vers
Isbergues
pour récupérer les enfants ? Aller vers la Belgique, chez sa tante… ?
Antonio,
je te passe ma voiture et je vais quand même remonter sur Collonges
avec
Bertrand, pour voir, et on reste en contact !
Bertrand acquiesce :
Je
te déposerais à Collonges, et demain à la première heure j’appellerais
un ami
pour identifier leur véhicule.
…
Raoul, Antonio et Bertrand sortent, tous trois inquiets de cet échec.
Ils rejoignent les voitures et quittent le domaine du Professeur …
Chacun se demande quel impact cela pourrait avoir sur le Club, leurs activités, leur vie … Comme en Irak.
La Toyota arrive à l’Abbaye de Saint Croix …
Chloé félicite Pierre de son instinct !
Bravo
Pierre d’avoir découvert la clinique où était Angélique ! Tu
féliciteras tes
compagnons de leur efficacité et détermination !
Merci
Chloé, ce sont des braves ! Mais je pense qu’il faut maintenant creuser
plus
loin et savoir quels sont les tenants et aboutissements de ce domaine :
c’est
trop grand, trop discret, et aussi trop sécurisé pour une simple
clinique. Qui
sont les managers ?
On va
attendre qu’Angélique reprenne ses esprits pour en savoir plus, et il
n’est
évidemment pas question d’arrêter et de laisser cette horrible
entreprise.
Angélique a dû recevoir de l’aide pour qu’elle ait pu me téléphoner …
ce sera
un point d’entrée !
Angélique est à l’arrière, lovée
contre Chloé, à semi
inconsciente. Elle regarde autour d’elle et voit Chloé :
Jofranka
? C’est toi ? Où somme nous !
Epuisée, elle s’endort.
Dans cinq minutes ils seront en sécurité chez Chloé où Juana a préparé une chambre.
…
24 heures plus
tard, Angélique se
réveille, elle peut voir à
son chevet Jofranka qui lui sourit. Non, ce n’est plus un rêve, elle
n’est plus
dans cette clinique ! Libérée des drogues qu’on lui administrait, et
elle sent
ses forces revenir … Elle sourit avec gratitude …
Jofranka se lève et ouvre les volets, un soleil resplendissant illumine la chambre. Mais tout de suite, Angélique pense à ses enfants, chez son père …
Il faut
que j’aille à Isbergues rechercher mes enfants, c’est là où Raoul les a
envoyés
!
Isbergues
? Là où nous nous sommes rencontrées il y a … 25 ans ! Tu as raison,
mais tu
n’es pas en état de te déplacer, mon fidèle Pierre va s’en charger, ils
seront
ici dans quelques jours.
Jofranka appelle Pierre pour lui demander d’aller chercher les trois enfants et de les ramener. Angélique lui donne leur adresse.
Quelques moments plus tard, après un petit-déjeuner qu’elle a trouvé excellent, un médecin arrive, un ami lui dit Jofranka, qui après un examen minutieux lui prescrit un traitement pour qu’elle se rétablisse.
Angélique,
est tu assez forte pour me dire ce qui t’est arrivé ? Que faisais-tu
dans cette
clinique ?
Je ne
sais pas, le seul souvenir que je peux me rappeler c’est quand Raoul
m’a
frappé, je suis tombé, et après plus rien …
Il est venu me voir à la
clinique pour me dire « Les
enfants vont bien, ils sont chez ton père » …chez mon salaud de père.
Angélique explique que c’est grâce à son infirmier, Daoudi, qu’elle a pu téléphoner.
Si on
peut le retrouver, il connait bien le domaine et ses «
pavillons »,
en espérant qu’il n’a pas été tué !
…
Jofranka, a déroulé son histoire pour Angélique.
Environ
6.000 à 8.000 personnes sont nées dans ces cliniques rien qu’en
Allemagne entre
1936 et 1945.
Lebensborn
comportait une série de cliniques dispersées dans l'ensemble de
l'Allemagne et
des pays voisins, comme la Norvège, l’Espagne ou la France.
Le programme, sinistre en tant
que tel, avait des
échos dans le monde d'aujourd'hui : avec la légalisation de la
Gestation Pour
Autrui, l’insémination artificielle, les avances dans la génétique, les
banques
de sperme, les parents pourront bientôt choisir les caractéristiques de
leurs
futurs enfants avait expliqué Gerda, une thérapeute de Bavière, dont la
mère
n'était pas mariée et dont le père, a-t-elle découvert, était un des
officiers
supérieurs des SS.
Deux jours plus tard, c’était la
joie quand Pierre est
arrivé avec Brigitte et Paul !
Restez ici auprès de moi,
Angélique,
tu pourras aider les membres de Zodiac !
Viens avec moi pour les
rencontrer,
je les ai invités.
Un peu plus tard, des voitures
qui entrent dans la propriété
et se garent dans le hangar … En ce beau week-end, les membres
de
Zodiac se sont réunis ici dans le mas de Chloé pour partager, évoquer
leurs
histoires, parler de l'horreur de découvrir qu'ils avaient été élevés
pour être
la prochaine génération de l'élite nazie.
Mais aussi pour faire le point
sur les recherches
qu’ils ont effectués, les nouveaux adhérents et la découverte de
nouveaux
nazis.
Je vous présente Angélique, elle
est
comme une sœur pour moi, et nous venons de l’extraire de cette clinque
maléfique de cette clinique que vous m’aviez signalé !
Elle nous a rejoint et va mettre ses compétences de psy à la disposition de nos membres !
Applaudissements ...A Lyon, un vaste “coup de filet” pour démanteler un réseau international de mercenaires néonazis. La justice perquisitionne depuis le 3 avril les domiciles de membres présumés d’une organisation néonazie.
L’opération,
s’étend à plusieurs pays
en Afrique et au
Moyen-Orient via Interpol.
Raoul a compris à temps qu’il était grillé et ne pouvait plus rester en France.
Angélique avait mis ses menaces à exécution, dénonçant ses activités, sa violence … de plus elle avait dénoncé les sévices dont elle avait été victime dans la clinique du Professeur. Le scandale avait éclaté. Son organisation, ses projets, tout était tombé à l’eau.
Bertrand
avait négocié sa
collaboration, et libre, il avait
rejoint Angélique chez Jofranka.
Grâce aux informations que Bertrand avait fourni à la police, le Club des Douze, mes liens avec Antonio et le Professeur avaient été découverts.
Les magistrats, guidés par l’association Zodiac, avaient mis au jour les trafic humains et le d’organes menés par « Le Professeur » avec ses « Clinique des Babies ».
Les locaux du Club chez Antonio avaient été mis sous séquestre en attendant les procès, de même que le domaine de Collonges.
Raoul
venait d’échapper de peu aux
perquisitions menées par
les policiers, Antonio a quand même réussi à se planquer en Afrique,
chez
Noémie …
Les autres membres du Club ont été prévenus ...« sauve qui peut » général !
…
Machinalement, Raoul porte la main sur son pendentif de la Vierge en or, gravé « Joanna 1970 » et le porte à ses lèvres …
Les yeux dans le vague, il pense
…
Pourquoi en est-il arrivé là ? A quoi bon cette vie si je reste seul ?
Que me reste-il ? Ni mère, ni père, ni femme, ni
fils …
L’hôtesse lui apporte une coupe de Champagne …
Epuisé, il
s’endort sur le siège de son Jet, direction Walvis Bay!
Il y retrouvera Günther, Hassan ... de quoi construire son organisation et de lancer de nouveaux projets …
Avec René-Pierre ...
Croisements ...
Cette histoire est celle de nos trajets, difficiles, dangereux ou impossibles quand nous évoluons sous l’emprise de pulsions et de destins antagonistes … …
A Raoul, René-Pierre, Annette, Angélique, Chloé, Bertrand, Antonio et à leurs compagnons.
A Verneuil le 4 Décembre 2023
Sergei Lanedrev