Croisements

 

Sergio Lanedrev

L'enfer de Bagdad

23/11/2023




CROISEMENTS

 

Table des matières

Présentation

Délirium d’Angélique  7

Jofranka  15

Le réveil …   17

On the road  18

Chloé  21

Raoul Denis  25

Reims  25

Vitry, 1983  29

René-Pierre  29

PARIS, 1987  33

Indochine  35

Le Tabou  36

Le départ 37

Bagdad  40

Ma petite équipe  42

11 Septembre  44

Retour en France  46

Notre Pactole  47

Trip en Turquie  48

Namibie  49

Lyon  51

Coup de foudre …   51

Le mariage d’Angélique  53

Le père d’Angélique  54

Trip en Namibie  55

Retour à Collonges  56

René-Pierre  57

Le secret d’Angélique  61

Un quatorze-juillet. 62

La fuite  65

Jofranka  67

Mon bizness  70

Violences  71

Guerre froide. 74

Menaces  74

Le 4 x 4  75

L’Abbaye de Saint Croix  77

Baden ... Jofranka  78

L’association ZODIAC  83

Appel au secours  85

Les « invités » …   87

Promesse d’un nouveau monde  88

Chez Antonio  90

Le Club des Douze  90

Surprise …   92

Le Professeur  96

Une maternité spéciale  96

Trafics …   97

Libération  99

Pendant ce temps là …   102

Echec et math  106

Actualités lyonnaises …  Lyon Mag  106

La fuite  107



 

Présentations

Croisements est d’abord une fiction dont les acteurs sont imaginaires … même si certains faits pourront vous rappeler tel ou tel évènement, une situation.

 
Les principaux personnages vont se croiser autour de Raoul, livré à lui-même … 


Annette, la première femme qu’il a connue
René-Pierre, un mercenaire, son mentor
Angélique, la femme qu’il a épousée
Jofranka la tsigane, amie indéfectible d’Angélique
'Chloé' … alias de Jofranka
Bertrand, frère d’Angélique et compagnon de Raoul
Antonio, un mercenaire, compagnon de Raoul
Günther, un mercenaire ‘pro’
Le Professeur, autre compagnon, sulfureux.
 

Je me suis un peu inspiré de plusieurs faits encore présents dans ma mémoire, des guerres, des mœurs, des personnages … qui ont influencé nos sociétés.

Cet ouvrage reste une pure fiction …

Délirium d’Angélique

Angélique sens confusément une présence …
non, ce n’est pas un cauchemar ...

CHAMBREElle sort de sa confusion.

­   Bonjour, on dirait que tu vas mieux ?

Raoul examine la chambre, il est devant mon lit ; un lit encombré de tubes – oxygène, goutte-à-goutte - entouré d’écrans, tout ce qu’il faut pour que les toubibs me maintiennent en vie … on ne m’a pas demandé mon avis. Je ne sais même pas depuis quand, ni pourquoi. Je n’ai pas mal, je ne sens même pas mon corps.

Quel salaud, venir ici pour me contempler, après sa violence, sa folie, après m’avoir démolie. Comment m’a-t-il retrouvée ? Je suis sure qu’il jouit de me voir ainsi, encore vivante … mais jusque quand ? Il attend la prochaine occasion pour me détruire encore un peu plus.

Il sourit, dents serrées …

­   Les enfants vont bien … je les ai envoyés chez ton père …

Chez mon père … mes enfants … ma Brigitte chez mon père, mon Paul aussi ! C’est un vrai salaud, car il connait assez ma « famille » pour savoir ce que je peux ressentir. Maintenant, je sens une boule dans l’estomac, mâchoires crispées, salive sèche, respiration coupée … Je sens mon cœur qui s’emballe, le moniteur se met à bipper.

J’ouvre la bouche, je veux crier, mais rien ne sort.

Il sourit encore… il me prend la main gauche et la serre, fort, de plus en plus fort :

­   Calme-toi, voyons !

Douleur. Je retiens mon cri. Le bip du moniteur accélère, s’affole, le rouge s’affiche, l’infirmier surgit dans la chambre. Raoul lâche ma main, l’air agacé sous le regard réprobateur de l’infirmier :

­   Monsieur, ce n’est pas l’heure des visites, et ce service est réservé aux patients sous surveillance intensive, je vous demande de sortir !

Raoul sourit toujours, … il se lève, et le toise du haut de son mètre 90 :

­   C’est ma femme, je venais la réconforter.

Il fronce les sourcils :

­   Je reviendrai, Angélique, je reviendrai bientôt !  

Raoul bouscule l’infirmier, sort en claquant la porte. L’infirmier – il est africain et s’appelle Daoudi – règle le moniteur qui cesse de biper. Retour au calme.

­   Tu te sens bien ?

Pas vraiment … fatiguée, angoissée. Perdue.

­   Il te faut du calme, ça va aller ! Tu seras bientôt chez toi ! 

S’il savait … Daoudi !  Il me regarde.

Mais pourquoi je suis là ? Que m’est-il arrivé ?
 Et où suis-je ? Depuis quand ?

Je ne sais pas bien. Daoudi me dit :

­   Ici, c’est une maison de repos non loin d'Avignon et tu es là depuis plusieurs jours, un mois, peut-être plus ? Je travaille ici seulement depuis le début du mois.

 Mais où suis-je ? À côté d’Avignon ? Mais qu’est-ce que je viens faire ici ? Je ne suis jamais venu en Avignon, je n’y connais personne … j’habite Lyon !

Il sourit, « dents blanches sur sa peau noire » … Un cliché.

Je l’examine, c’est vrai que je ne l’avais pas encore regardé, il paraît sympa mais on ne peut pas se fier aux apparences, je l’ai appris à mes dépens. Je me suis lourdement trompé plusieurs fois.

Daoudi – son nom est marqué sur son badge - est mince, grand – un peu comme Raoul – et ses mains sont longues … son visage est fin, avenant, avec des yeux en amande. Bleu-vert surprenant, bouche charnue, on dirait un dieu égyptien. La paume de ses mains est rose, remarqué-je … observation stupide, pensée-je en souriant !

Étonnant, il me tutoie, sans doute l’Afrique : il vient du Cameroun j’imagine, il doit avoir autour de 30 ans, peut-être un peu plus, difficile avec les africains !  Finalement, il m’inspire confiance : il faut bien que je ressente un peu de sympathie pour quelqu’un.

Une larme tombe sur ma main, et il me tend une boite de Kleenex :

­   Ne pleure pas, tu seras bientôt sur pied et tu pourras sortir, c’est le professeur qui l’a dit ce matin, après la visite.

Quel professeur ? Quelle visite ? Je n’en ai aucun souvenir. Au lieu de me réconforter, je sens l’angoisse qui m’envahit à nouveau : sortir ? comment ? pour aller où ? que vais-je devenir ?

J’hésite un moment, puis je me tourne vers lui, et il ressent mon état, comme s’il lisait en moi :

­   Tu veux que je prévienne quelqu’un ? tes parents, une amie ?

­   Non, non. Personne ne doit savoir. Personne, Daoudi ! Et surtout pas cet homme que tu as vu tout à l’heure …

Daoudi hausse ses sourcils, soulève ses épaules et tourne ses mains en forme d’interrogation.

­   Comme tu veux, bien sûr ! Tu peux compter sur moi, madame Angélique, mais il a dit qu’il était ton mari ?

Je ne sais pas quoi lui répondre, il faudrait lui raconter ma vie ! Mais un signal d’appel retentit dans le couloir, et il sort de la chambre.

Il n’y a rien dans cette chambre, pas de miroir, pas de télé … Angélique examine son reflet dans la vitre de la fenêtre, elle a du mal à distinguer ses traits, à se reconnaitre. Ma tête est toujours bandée … et mes cheveux ? Mais qu’est-ce qu’ils m’ont fait ? Je les hais ! Je le hais !

Un peu plus de quarante ans, jolie femme dit-on : blonde, élancée, avec des traits réguliers, une peau claire parsemée de quelques taches de rousseur, des yeux verts. Un grain de beauté à la commissure de lèvres minces et bien dessinées. Je fais un peu de sport, quand je ne suis pas occupée par mon job et par mes deux trésors, Brigitte et le petit Paul.

Brigitte va sur ses 15 ans, et comme plusieurs de ses copines, c’est déjà une petite femme qui attire le regard des salauds comme mon père. Une jolie miniature, coquette, championne de danse, mais aussi forte en maths …

Elle a déjà de petits copains qui semblent l’aduler. Brigitte est sérieuse, elle veut entrer au conservatoire de danse, je peux lui faire confiance.

« Les enfants vont bien, ils sont chez ton père ».

Ça me ramène des années en arrière, comment ai-je pu aimer cet homme ? Je me suis trompé lourdement sur lui … mon mariage ?
Mais je zappe, c’est trop lourd. Raoul, tu es aussi un vrai salaud !

 

Dès que je pourrais, j’irais les rechercher, qu’ils ne restent pas à Isbergues. Dans cette maison maudite dont je me suis échappée il y a longtemps … il y a 25 ans.

 

Le soleil a baissé, et je ne distingue plus ni les arbres ni les fleurs dans le parc maintenant éclairé par des projecteurs. Au loin, j’entends un chien.

La porte de la chambre s’ouvre, et Daoudi m’apporte un peu d’eau, un yaourt et quelques fruits, « pour te donner des forces ». Il reste près de moi, souriant :

­   On dirait que tu vas mieux, maintenant !

­   On peut dire ça, Daoudi, on peut dire ça. Pourrais-tu m’apporter des journaux, des revues ? Ici il n’y a rien, sauf la Bible … ! 

Daoudi a l’air gêné, il se détourne.

­   Je vais demander au professeur demain matin …

­   Ou un livre, il doit bien avoir quelques bouquins ici, non ?

­   Je demanderai au professeur.

Maintenant il ne sourit plus, il sort de la pièce.

Ma douleur se réveille, je ferme les yeux, mais en vain, la douleur - 7 sur 10 - s’est installée. J’attends quelques instants avant d’appuyer sur le bouton d’appel. J’avale un comprimé d’Apranax avec un verre d’eau. J’attends un peu, mais personne. J’actionne encore la sonnette, et en même temps je sens mes larmes couler sur mes joues : personne, je me sens abandonnée, à la dérive …

Je suis ensuquée, une femme de service entre, j’ai dû dormir. Elle m’apporte le brouet du soir, avec un peu de pain, un yaourt et une pomme : c’est 7 heures.

Je grimace.

­   J’ai appelé plusieurs fois ?

­   Daoudi est parti maintenant, et l’infirmier de nuit est en retard … Je vais voir s’il y a quelqu’un dans le pavillon bleu …

 

Elle n’y peut rien et sort de la pièce. Le pavillon bleu ?

J’avale mon assiette, ce n’est pas cela qui me fera grossir ! Je ferme les yeux, la douleur est tombée, 2 ou 3 sur 10 !

 

Je chavire dans le néant.

 

Pas tout à fait, car soudain, je perçois mon père qui se penche sur moi, sa main s’approche de mon visage, sur mon cou … puis tout se brouille.

 

Jofranka

Je ne suis plus ici… je cours dans les rues d’Isbergues, il fait nuit, je me cache en tremblant de froid.

­   Que fais-tu ici ? Pourquoi tu te caches ?

Souffle coupé, je la regarde … elle me sourit et passe sa main sur mon visage pour essuyer mes larmes. Elle aussi se cache, Jofranka. Elle est jolie, elle a un léger accent, nordique, germanique peut-être. En tout cas, elle n’est pas d’ici, je ne l’avais jamais vue à Isbergues.

Je la détaille, elle est très blonde, presque filasse, et a peut-être 15 ans, ou 16 ? Elle est un peu sale aussi. Son regard me transperce, elle me prend la main : il faut s’en aller, sinon ils vont nous trouver et nous emmener. De qui parle-t-elle ?

­   Tu parles de mon père ?

­   Non, des miens, de mon mari !

Les siens ? son mari ?

ISBERGUESElle m’entraîne, on arrive à la gare routière où il n’y a encore que quelques clochards sous des couverture, avec leurs chiens.

 Le bus du matin nous emmène en Belgique. Pendant les deux heures passées ensemble, on a beaucoup parlé. Elle sait tout de moi sauf … et moi presque tout d’elle : les gens du voyage, son père qui l’a marié à quatorze ans. 

 

Elle avait été séquestrée par son père dans une caravane, dans un campement de gens du voyage à Lille, pour y être mariée à la gitane avec un homme de trente-cinq ans, une brute qui l’a violé et qu’elle ne veut plus supporter !

 

A Ypres, on se sépare :

­   Je vais chez ma marraine qui habite près de la cathédrale Saint Martin

­   On se sépare ici, moi je vais tenter ma chance à Bruxelles… mais on se retrouvera un jour Angélique, je le sais !

On s’embrasse - Jofranka me glisse un petit carton rouge et jaune dans la main : ‘Zodiac Circus’. 

Ma brume s’épaissit, son image s’estompe et elle disparaît. Je reviens dans ma chambre avant de plonger au fond d’un inconscient profond.

Le réveil …

Eh non, Daoudi n’était pas parti ! Amoureux d’Angélique, il rêvait l’emmener vivre en Afrique, au Cameroun …

Par instinct, il a compris l’angoisse d’Angélique qui se sent retenue, prisonnière et il veut l’aider… Il sourit en pensant à elle, il prend son téléphone, sachant ce qu’il risque …

Il l’a glissé sous l’oreiller d’Angélique … tout à l’heure, quand elle se réveillera …

…

A son réveil, Angélique se dresse sur son lit, et découvre le téléphone …

L’émotion la submerge, elle va pouvoir appeler au secours !

Fuir cette chambre, fuir Raoul, retrouver ses enfants

 …

Elle se précipite dans le cabinet de toilette, et compose le numéro de Bertrand …

A la troisième sonnerie, la messagerie l’invite à laisser ses coordonnées, « je vous rappellerai dès que possible ! » 

Elle bloque la sonnerie pour empêcher qu’une personne le découvre et cache le téléphone dans la petite armoire de toilette … Elle recommencera plus tard !

On the road

SorguesLa nuit commençait à tomber, le soleil rougeoyait sur les cimes. Le moteur de l’Alfa ronronne, mon spider avale l’autoroute en silence ; dans le rétro je surveille les deux voitures derrière moi, elles me suivent depuis que j’ai quitté la clinique.

Je reste à 130, je ne peux pas risquer un contrôle. Sales flics.

La prochaine station Esso est dans 5 kilomètres, je vais m’y arrêter, pour voir ce que font ces deux ventouses. Il est bientôt sept heures, le Jazz à la radio laisse place à la pub – je déteste - et après ce sera les infos.

Je vois un coupé bleu, une BM, qui se rapproche dans le rétro, un coup de phare pour me doubler. Elle est conduite par une blonde qui me jette un coup d’œil rapide puis accélère et poursuit sa route : je souris, elle n’a pas peur des flics, elle fait au moins du 160 ! Enfin bon, ce n’était pas une ventouse !

Je scrute le rétro, la Mercédès est toujours là … à 200 mètres.

 « Le président, accompagné de la ministre des armées, s’apprête à faire sa conférence … » agacé, je coupe le son, je n’ai pas envie d’entendre ses discours prétentieux, ses mensonges habituels qui ne trompent pas les pros.

Et je sais de quoi je parle, moi ! Ce n’est pas son cas.

 

Quelle salope quand même ! Tu ne perds rien pour attendre. Angélique, Angélique, tu vas apprendre à me respecter, à m’écouter, et à ne plus me menacer.

 

La station Esso …Je m’engage sur l’aire de la station, et arrête le moteur pour faire le plein.

Je scan autour de moi, un vieux réflexe …

Signal : la BM bleu est dans la station de lavage, la belle blonde est à côté, à quelques mètres de moi, en train de téléphoner. Nos regards se croisent, elle esquisse une moue, ferme son iPhone et se dirige vers la boutique. Belle silhouette, cuir noir, cheveux en chignon, un peu moins de 40 ans sans doute.

Instinctivement, mon regard l’accompagne. Sa démarche balancée est pour moi comme une invite ... Viens, suis-moi … Ma foi, ça serait bon si … Angélique me traiterait encore de salaud, mais quoi, on ne se refait pas, c’est dans mon « cerveau reptilien » comme elle dit ! Ma blonde est entrée dans la boutique.

 Soupir. Je me sers en super et remplis le réservoir.

Il n’y a personne sur l’aire. Ils sont débiles ici, les pompes ne sont pas équipées de CB, je vais aller régler à la caisse.

Quand j’entre dans la boutique, elle est devant moi, en train de siroter un kawa. Vraiment bien, elle est bronzée, yeux bleus, des mains fines, on devine son corps sous le cuir noir.

Je lui souris … un réflexe. En général, je plais aux femmes, je ne sais pas pourquoi, peut-être sont-elles comme moi ? Bientôt 46 ans, grand et plutôt mince, sportif, et soucieux de mon apparence, cela peut plaire.

Mais là, aucune chance, je ne perçois aucun signe d’intérêt, elle détourne son regard vers la porte d’entrée.

Dommage, enfin bon ...

Je paye à la caisse et me dirige vers la sortie ; je n’ai pas de temps à perdre si je veux respecter mon plan et voir avec Antonio les solutions possibles au problème, tant qu’Angélique est sous contrôle à la clinique.

Chloé

Dehors, un gros 4x4 noir s’est arrêté devant la station de lavage, bloquant le coupé bleu. Ma blonde s’en approche, mais son conducteur a disparu, peut être aux toilettes ? En tout cas, c’est un jean-foutre.

Elle monte dans sa BM et claxonne, une fois, deux fois, trois fois … sans résultat.

Je viens vers elle :

­   Je peux vous aider ? je vais essayer de la déplacer ?

Cette fois, elle me sourit

­   Un peu trop grosse ! 

Mais la portière du 4x4 est restée ouverte, et je m’apprête à y entrer quand j’entends

­   Sors de ma caisse, mec, sinon j’te casse.

Le jean-foutre est devant moi, menaçant. Un gars bedonnant, moustache, teint olivâtre, tatouages sur les bras, surmonté d’un ridicule Panama !

­   Je voulais seulement laisser mon amie sortir de là, et ta caisse l’empêche de sortir !

Il reste agressif

­   T’occupes, et éloigne-toi de ma caisse !

Je sens monter mon adrénaline, ce plouc ne m’impressionne pas, et s’il continue, je vais lui donner une leçon :

­   Et sinon quoi ? 

Avec une surprenante agilité, il se baisse et m’envoie son poing vers le bas-ventre, mais je m’étais déjà mis en garde, de profil, jambe avant fléchie et jambe arrière tendue, je n’ai plus qu’à attraper son poing et le tirer à droite pour qu’il s’écrase au sol. (Merci à celui qui m’avait appris le karaté !)

Il se relève en maugréant. Il a compris, grimpe dans son 4x4 et libère la sortie.

 Cela n’a duré que quelques minutes, et ma décidément belle blonde applaudit, avec un sourire ébahi, comme une enfant devant Guignol !

­   Merci, Chevalier, de m’avoir libéré !

J’entre dans le jeu et m’incline

­   Raoul ! Pour vous servir, Princesse !

Nous éclatons de rire ensemble, et je m’approche et je lui tends la main.

­   Moi, c’est Chloé. Vous n’avez pas eu peur que ce sale type vous frappe ? 

Son sourire s’accentue – un vrai plaisir - et son regard cherche le mien. Un bleu profond, saphir. Comme la Méditerranée en Corse, et je plonge dedans.

­   Non, même pas peur ... Mais j’ai vu que Chloé non plus, elle n’a pas peur des radars sur la route !

Nous rions encore. Je sens un courant passer entre nous.

­   Ce n’est pas l’endroit rêvé ici, mais j’aimerais vous revoir, Chloé. Donnez-moi votre téléphone ? 

En même temps je lui donne ma carte. Elle sourit en me donnant son numéro :

­   Vous l’aurez voulu, Raoul !

Puis, elle démarre en trombe et se lance sur l’autoroute. BM Chloé

Je la suis du regard et reste un moment songeur, en me demandant si je ne vais pas la suivre. Mais non, je dois aller voir Antonio : business is business ! Je note rapidement le téléphone qu’elle m’a donné.

Je reprends l’A7, direction Menton. Je regarde l’heure : j’y serai pour diner ! Les kilomètres défilent.

Paysage magnifique sous le soleil couchant, je ne m’en lasse jamais.

Cette fois, personne derrière, je ne suis donc pas suivi !

 
Avec Antonio, il faudra aussi parler de Bertrand …

 Je souris en repensant au 4x4, au jean-foutre et à sa correction !

Grâce à lui, je vais sans doute revoir cette belle Chloé. Hasard ? 

Sourire éclatant sur sa peau tannée, lèvres qui invitent au baiser … Chloé.

 

Chloé … Angélique … Chloé … Angélique … ça tourne dans la tête de « Raoul Denis », je revois ma vie en même temps que défilent les kilomètres …

…

Annette … Angélique …Chloé …

 

Raoul Denis 

« Raoul Denis » de la Maternité de Port-Royal à Paris, né en avril 1972 de parents inconnus.

Je n’ai jamais pu savoir qui était ma mère !

Je n’ai pas connu l’amour d’une mère, ses caresses, ses baisers, je n’ai pas pu téter son sein, je ne l’ai pas entendu me chanter de berceuse …
Qui état-elle ? Pourquoi m’a-telle abandonné ainsi, comme un chiffon ?

Mon père, encore moins !

Savait-il qu’il avait fécondé ma mère, ou était-il un amant insouciant ?
Il ne m’a pas appris à marcher, à faire du vélo, à jouer de la flute …
Plus tard, il ne m’a pas appris à me battre, à jouer aux échecs, à conduire sa voiture …

 Dans mes langes, il y avait un petit pendentif de la Vierge en or, gravée « Joanna 1970 », je le porte encore à mon cou.

Assistance Publique ...
Plusieurs « familles d‘accueil » … hum !

J’ai oublié les premières familles, mes souvenirs remontent à 1980, j’avais alors huit ans.

Reims

C’était à Reims, en mai, cette première famille dont je me souviens. J’étais arrivé à la gare, accompagné par une assistante sociale. Une voiture municipale m’avait d’abord déposé à la mairie, puis m’avait conduit dans un quartier de la périphérie : un trois-pièces au 2ème étage de la rue Ernest Renan, avec fenêtres sur cour. C’était chez Félix.

A huit ans, chez Félix, j’avais pu découvrir l’alcoolisme et la violence qui l’accompagne. Ancien combattant de la guerre d’Algérie, il avait perdu la jambe gauche en 1959 lors d’une explosion à la casbah d’Alger : à vingt ans, sa vie était foutue. Il était équipé d’une prothèse – cuir et métal - effrayante pour l’enfant que j’étais. Jusqu’au 20 du mois, sa pension passait en pinard - du gros rouge – et quand le soir il rentrait plein du bistrot, claudiquant dans l’escalier de bois, c’était pour battre sa femme ou sa sœur « la Henriette », en les insultant : des bonnes à rien ! Sa sœur Henriette devait avoir une trentaine d’année, elle gagnait chichement sa vie en tricotant des pulls pour une des commerçantes du centre de Reims, sur la place d’Erlon. La femme de Félix, Yvonne, s’enfermait dans la cuisine en attendant qu’il s’effondre dans le vieux fauteuil défoncé de la salle à manger. J’ai dû assister à ces scènes pendent trois ans, caché derrière le rideau de la cuisine. Henriette pouvait bien crier, personne ne voulait l’entendre dans cette rue non loin du canal et près des chantiers.

On m’avait installé un lit de camp dans la chambre d’Henriette. Chaque matin, le bruit de la scierie dans la cour nous réveillait dès 6 heures, il fallait se lever, avaler un morceau de pain trempé dans un verre de lait avant de me rendre à l’école.

 
A midi, déjeuner à la cantine - de quoi ne pas mourir de faim - avec ces sempiternelles coquillettes qui nageaient dans un bouillon douteux. Dans la cour de récréation, je me planquais derrière des arbres pour échapper aux garçons de ma classe, plus âgés, qui me jalousaient. J’adorais la maitresse, Madame Jeanne, seule personne à me témoigner de l’affection. Parfois elle me donnait une part de gâteau (en cachette des autres). J’apprenais tout d’elle facilement, simplement en buvant ses paroles, je n'avais heureusement pas besoin de travailler à la maison !

A la sortie de l’école, Henriette venait parfois me chercher et on allait faire des courses au Goulet-Turpin du coin, où Jean-Paul, l’épicier, lui faisait du gringue.

Puis j’allais au boulanger prendre un pain de deux livres, et on rentrait.
 REIMS

Les dimanches, en été, Jean-Paul nous emmenait Henriette et moi à la piscine du Parc Pommery dans sa 403. Les autres fois, on allait se promener sur la place d’Erlon, et Jean-Paul nous payait une pâtisserie chez Guillaumy ou une glace !

 
Deux ans de suite j’avais reçu « Le Prix d’Excellence » et Madame Jeanne répétait à qui voulait l’entendre que j’avais une intelligence exceptionnelle, bien au-dessus de la moyenne.

 
Elle avait fait un rapport à l’Académie pour me signaler, c’est la seule personne que j’ai regrettée quand l’assistance sociale, elle aussi interpellée, me fit transférer dans une autre famille, en banlieue Parisienne.

 

Vitry, 1983

J’atterris ainsi à 11 ans dans une vielle maison de la rue Charles Infroit à Vitry-sur-Seine, près du cimetière, chez un couple d’environ une trentaine d’années, Luc et Gigi. Il n’y avait pas de contrôle sérieux des familles d’accueil à cette époque (mais est-ce que ça a changé depuis ?) et j’ai pu découvrir la prostitution familiale dans cette maison où je servais un peu de garçon de courses.

Des « amis » de Luc défilaient toutes les après-midis en apportant leurs « petits cadeaux ». Le samedi surtout.

 
Mais jamais le Dimanche, car on allait à la messe (!) et on déjeunait avec les parents de Gigi à Villeneuve Saint Georges.

Je repense parfois à Madame Jeanne avec un sentiment de reconnaissance.

René-Pierre

René-Pierre - l’un des « amis » réguliers de Luc, un balèze d’une cinquantaine qui passait deux ou trois fois chaque semaine - m’avait pris à la bonne.

Il m’apportait des bouquins que je lisais avec avidité : les tribulations des Centurions, Mercenaires, Mal Jaune, ou aussi Les Chiens de Guerre.

Des livres qui, disait-il, lui parlaient de son passé : René-Pierre, ancien militaire puis mercenaire, était à Saigon jusqu’en 1958, quatre ans plus tard au Katanga, à Alger avec le colonel Trinquier, puis jusqu’en 1979 en Ouganda près d’un tyran local, Idi Amin Dada qui avait défrayé la chronique avant d’être contraint de s’exiler à Djeddah où il mourut.

Un soir, René-Pierre avait invité Gigi à une petite fiesta chez lui, je l’y avais accompagnée. Il vivait seul dans une imposante propriété de la rue Saint-James, à Neuilly. Pour moi, c’était un véritable palais, plus d’une centaine d’invités étaient égayés dans le parc. Il y avait un parking où étaient garées Mercedes, Ferrari, et belles américaines … beaucoup de « CD ».

Il y avait là plusieurs « copines » de Gigi qui riaient fort avec des invités, j’ai compris bien plus tard ce pourquoi elles étaient là …

J’étais resté ébahi par ce luxe qui contrastait tellement avec la maison de Vitry et l’image que René-Pierre montrait.

Ce soir-là, je m’en souviens encore, il était vêtu d’un smoking noir qui lui donnait à mes yeux une grande prestance ! On aurait dit un acteur !

­   Salut mon Raoul, tu pourras revenir ici quand tu voudras. Un jour, tu verras la vie, mon petit !

Il me confia à la jeune vietnamienne qui nous avait accueilli :

­   Linh, c’est Raoul, c’est un peu comme un fils … emmène le dans la chambre bleue.

Cet homme me fascinait et allait déterminer mon parcours dans la vie.

Il nous ramena à Vitry tard dans la nuit, il était 4 heures le matin. Luc nous attendait, un rien énervé, il parla avec Gigi des « cadeaux » avait-elle reçu…

A Vitry, j’allais au petit-lycée Daniele Casanova non loin de la maison (où je pu passer mon brevet, je n’en étais pas peu fier !) et si par malheur, en rentrant de l’école, j’oubliais de ramener le pain ou le lait, je recevais des baffes, ou pire, on m’enfermait debout dans le cagibi de la cour ; en hiver, je devais y rester parfois plusieurs heures. 

 VITRYVitry était une banlieue communiste, pas très gaie, pas très propre.

J’en ai quand même gardé quelques bons souvenirs : le gymnase Maurice Thorez, la piscine Joliot-Curie où j’ai pu découvrir les joies du sport … et aussi des gamines qu’on pelotait, qu’on embrassait sur la bouche

 …

Une descente de la police des mœurs mit fin à mon séjour à Vitry en avril, le jour de mes quinze ans. Cela s’était passé très rapidement, ce samedi, alors que Luc buvait le coup avec un des habitués en attendant que Gigi ait terminé avec un client. Deux grands mecs avaient sonné en demandant Gigi.

Luc, se méprenant, leur avait demandé de passer un peu plus tard dans l’après-midi, d’ici une heure, car elle était occupée. Pas très malin ce Luc, il leur avait dit que « deux en même temps, c’était spécial et que ça serait plus cher »

…

Les deux flics lui avaient directement passé les menottes, avaient sorti Gigi et son client de la chambre et emballé tout ce beau monde, moi y compris !

Au commissariat, on avait fait appel à une assistante sociale qui m’avait d’abord mené dans un foyer après avoir récupéré mes quelques affaires. Exit Vitry.

PARIS, 1987

A 15 ans, je quittais le foyer au bout de quelques jours et entrais dans ce qui allait être ma dernière « famille ». Une jolie maison dans la rue du Moulin-des-Prés à Paris, près de la Poterne des Peupliers. Le père, Henry Palandon, avait 48 ans, c’était un ingénieur haut-placé à la RATP. Sa femme Annette, bien plus jeune, était journaliste je crois.  Ils avaient deux enfants, Jacques, de mon âge et la jolie Florence qui avait deux ans de plus. Les Palandon avaient aménagé pour moi un grand espace mansardé sous le toit : « c’est ton domaine, Raoul ». Pour moi, après Vitry, c’était le paradis ! Nous nous sommes tout de suite très bien entendu, avec Jacques et Florence.

On allait ensemble au cinéma Le Fontainebleau et à la piscine de la Butte-aux-Cailles, où je me suis inscrit au club de natation : j’étais bien baraqué, et j’aimais croire que je pourrais faire des compétitions.

LYCEENous allions tous les trois au lycée Claude Monet, rue de Tolbiac, en face des tours du quartier chinois de Paris. A 17 ans, j’étais en première C, et j’obtins mon premier bac.

Annette était une grande femme rousse, très séduisante … mes fantasmes érotiques passaient alternativement d’elle à Florence.

À la fin de cette année scolaire, Henry avait loué une villa près de Ouistreham, au bord de l’océan : pour la première fois, je voyais la mer … émotion insoupçonnée. On avait une cabine sur la plage de Riva-Bella, on remontait l’avenue de la Mer pour aller boire un soda au Chalet. Le soir, on allait parfois danser au Casino, « pas plus tard que minuit, Florence ».

Pour la première fois, j’étais heureux, je me sentais en famille.  Sur la plage, on jouait au volley, on draguait dans les dunes … En août, on nous avait envoyé, Jacques et moi, dans une famille près de Londres pour perfectionner notre anglais.

À la rentrée, je suis retourné à Claude Monet, en Terminale : je voulais devenir ingénieur tout comme Henry : j’ai obtenu ce fameux bac Maths avec mention TB en Juillet 1991. Henry m’avait fait inscrire en Maths Sup à Henri IV pour la rentrée … un privilège !

Florence était à la fac de Rouen et Jacques était allé finir ses études en Angleterre : je restais donc seul auprès d’Annette.

Indochine

Cette année-là, j’avais profité des vacances pour retrouver René-Pierre que j’avais perdu de vue depuis Vitry, et il m’accueillit avec un grand sourire !

­   Alors Raoul, on se souvient de ses vieux potes ! Viens quand tu veux, tu es ici chez toi.

Sa maison était vide, elle était meublée un peu comme les anciennes demeures coloniales, beaucoup de meubles en laque, de vases orientaux, une vasque avec des bambous.

Il a appelé sa gouvernante vietnamienne, qui semblait organiser la maison :

­   Linh, c’est Raoul, c’est un peu comme mon fils … donne lui la chambre bleue comme la dernière fois, il pourra y venir quand il veut.

 Je restai auprès de lui quelques jours, il me racontait certains de ses souvenirs, et me dit qu’il avait ramené Linh d’Indochine en 1956, quand il avait quitté Saïgon pour revenir en France. Ses parents avaient été tués là-bas, et elle lui était totalement dévouée.

Il était temps de rentrer rue du Moulin-des-Prés. Annette supportait mal l’éloignement de ses enfants. Moi aussi. Elle reportait son affection sur moi.

Puis, après qu’Henry soit parti en déplacement pour les projets d’export du Métro à Alger, nous étions souvent seuls à la maison elle et moi.  J’en profitais, je me sentais tellement bien auprès d’elle. Je l’accompagnais quelquefois au ciné, et elle me fit connaître un peu la vie de Paris, théâtres, expos, musées, discothèques… j’avais 18 ans !

Le Tabou

Et l’inévitable avait fini par se produire.

Les AmantsJe ne me souviens plus dans quelles circonstances exactes, en sortant du Navy Club un soir de folie, je me suis retrouvé dans son lit. L’interdit, un quasi-inceste. Ce fut terrible et merveilleux, j’avais tellement rêvé d’elle ! Amante accomplie, ses baisers, ses mains, son sexe, son corps qui se cambrait, ses gémissements … elle me fit homme.

Le lendemain de cette nuit passée au paradis, elle me jeta en enfer.


­ Raoul, ce n’est plus possible, c’est ma faute Raoul, c’est ma faute ! Je ne sais pas ce qui m’est arrivé, mais tu dois t’en aller, comprends-tu. Tu as tes 18 ans, tu es un homme maintenant, je sais que tu sauras te conduire dans la vie. Ne sois pas triste, ni fâché avec moi, car je t’aime beaucoup Raoul. Mais comprends-le, personne ne doit savoir, cela restera notre secret.

Je fus ravagé par ce bannissement si brutal, si douloureux, que je trouvais injuste : je n’avais rien fait de mal à vrai dire, j’étais amoureux d’Annette, tout simplement ! Mais bien sûr, je ne pouvais m’opposer à sa volonté.

Le départ

Personne sauf elle n’a compris quand les jours suivants je leur annonçais mon départ.

 Je suis retourné avec quelques affaires chez René-Pierre, et m’installait dans la « chambre bleue » que Linh avait préparée. En fait, c’était un petit appartement avec salle de bain, un salon et la chambre elle-même.

Le soir, nous avons déjeuné un repas préparé par Linh, et je lui ai expliqué que je ne pouvais plus vivre chez Annette. Il avait compris, et ne m’avait pas demandé les raisons, seulement si j’étais majeur ? Oui, depuis quelques mois …

Ce que je voulais faire ?

J’aurais pu m’installer chez lui et poursuivre les études, mais ce n’était pas ça que je voulais : il y avait la guerre du Golfe, ce conflit qui opposait l'Irak à la coalition conduite par les États-Unis après l'invasion du Koweït par Saddam Hussein : la première guerre du pétrole !


­   Je veux changer de vie ! Je veux faire comme toi, et aller combattre en Irak.

 Je lui racontais mon encore courte vie. René-Pierre m’avait écouté en silence, et ne m’avait ni dissuadé, ni encouragé : c’était ma responsabilité de conduire ma vie. Il m’avait aussi parlé de sa propre vie et des drames qui l’avaient frappé.

 La solitude dans laquelle il vivait depuis qu’il avait acheté cette demeure.

J’ai donc quitté Paris, et n’ai plus jamais revu aucun des Palandon, les ponts étaient coupés. Ravagé et meurtri au plus profond de mon être, je me suis ensuite refusé plusieurs temps après à nouer de vraies relations avec les femmes … seulement pour le sexe.

 

Jusqu’à ma rencontre avec Angélique, le coup de foudre.

 
En même temps que j’écris ces mots, je me rends compte qu’Angélique ressemblait à Annette … 

Que suis-je devenu, depuis ce moment douloureux ?

Bagdad

IRAKComme souvent, je revis l’époque où j’avais été combattre en Irak, après la guerre du Golfe. Je venais de quitter Annette, meurtri, ravagé par son rejet, cette rupture : je n’avais plus de but. A 19 ans, en roue libre, j’avais eu envie de tout casser, de vivre pleinement pour oublier. Je m’étais réfugié à Neuilly chez René-Pierre.

René-Pierre avait des amis au bureau de K Security à Londres, il m’y avait introduit. Par chance, je parlais bien la langue de Shakespeare. Après quelques heures d’entretien, d’examens médicaux et de tests physiques, le patron de K me proposa de participer à des missions de sécurité au Moyen-Orient, un job qui payait plutôt bien : 5.000 livres par mois, hors frais.

J’ai reçu une formation pro aux techniques de combat, au maniement des armes, aux communications, parachutisme et entrainements intensifs !

Tirs à balles réelles (nous avions un gilet pare-balles), noyade dans de l’eau glacée, marches forcées de 80 kilomètres en portant des blocs de béton …

Fin 91 (j’allais vers mes vingt ans) je fus parachuté en Irak avec un groupe au-dessus de Nadjaf, à deux heures de Bagdad et quatre heures de Bassora.

 
Une mission secrète (commanditée par la CIA, je l’ai appris après) pour protéger des sites pétroliers ou industriels, observer le pays et contrôler les séides de Saddam dans cette période de crise qui a suivi la fin de la « Tempête du Désert ».

Nous étions positionnés sur la rive est de l’Euphrate, une des riches régions agricoles de l’Irak, avec un périmètre qui couvrait le barrage de Hindiyah jusque à Babylon.

 Notre PC était à côté d’un centre de police désaffecté et abandonné, endroit choisi pour échapper aux tempêtes de sable qui déferlaient régulièrement sur le pays. On avait un support local, Omar, un ancien garde irakien, qui nous cornaquais quand on se déplaçait, la nuit. Dans la journée on s’enterrait dans des grottes ou dans des tunnels sablonneux, vestiges de la guerre entre l’Irak et l’Iran.

 
Les chiites contre les sunnites …

Ma petite équipe

Je ne pensais plus que rarement à Annette, je commençais sinon à l’oublier, du moins son souvenir s’estompait.

Nous formions une petite équipe, très mobile, très « performante », dirigée par un ex-commando british, notre coach. Nos actions - plutôt dégueulasses diraient les certains - tournaient autour de la protection de personnalités, de surveillance, d’élimination ou d’enlèvement de cadres baasistes, de provocations, de sabotages voire même d’attentats ...

 
FalloujahAinsi, l’une de nos missions étaient de protéger les intérêts américains, comme à Falloujah, quand des moudjahidines avaient mutilé et brûlé des américains, ou les pendus sur le pont qui enjambait l’Euphrate.

Parfois aussi on nous confiait des fonds pour payer des rançons : quand on arrivait trop tard, alors on se partageait le fric. Beaucoup de fric.

Notre « coach », James Boy, un écossais que l’on avait baptisé ‘James Bond’, m’avait pris en main : je perfectionnais sur le terrain le maniement des armes blanches, le camouflage, le combat rapproché … mais aussi à gérer le fric qu’on avait détourné (dont naturellement, il prélevait sa part !).

 

Mercenaire. C’était le début d’une nouvelle partie de ma vie. C’était excitant, beaucoup d’adrénaline, beaucoup de stress mais de jouissance aussi. Nous étions à la fois prédateurs et cibles. J’ai vu plusieurs d’entre nous se faire descendre par les snippers, sauter sur des mines ou être égorgé par des moudjahidines, par des troupes Irakiennes.

C’est là que j’ai connu Bertrand, un jeune gars de 21 ans alors, très vif, qui comprenait vite les situations, avec beaucoup d’instinct : un second sens qui nous permit plusieurs fois d’échapper à des embuscades et à des mauvais coups. 
Il avait sauvé Antonio quand des moudjahidines l’avaient capturé et enfermé dans leur nouala pour le torturer.

La Charia, l’horreur …

lapidationIl y avait aussi l’horreur avec la Charia, quand nous avions assisté impuissants à la lapidation d’une jeune fille, cachés dans une grotte de sable.

Je n'ai jamais su quel était le véritable « crime » de cette jeune fille. Elle lisait ? Elle écrivait ? Elle chantait ? C’était peut-être seulement pour s’amuser … ils l’ont jeté à terre comme un vieux chiffon. La première pierre est venue d'un homme jeune, d'environ son âge. L'impact que j'ai entendu a été plus fort pour moi que pour Bertrand.

Son sang éclaboussa le soleil et atterrit sur la première poussière. Comment a-t-elle survécu à cette première pierre, je ne peux pas le dire, je souhaitais seulement qu’elle soit morte au lieu d'entendre son cri.

Les minutes suivantes furent les pires. Pierre après pierre, ils sont venus et ont frappé cette pauvre fille. Des flaques de sang avaient déjà commencé à se former. Son sang s'infiltrait dans la terre se transformant en un gris/rouge terne provenant de sa chair.
Avec Bertrand, je suis resté assis. Et nous avons du regarder,enregistrant chaque seconde, si impuissants et désespérés ...

C’était ça, la Charia !

Après K S, il y eu l’américain Redwater, tout puissant à Bagdad, protégé par les services de Bush et piloté clairement par le Pentagone.

L’état-major de Redwater contrôlais plus d’un millier de personnes sur le terrain : une véritable armée, avec tous les moyens d’une organisation militaire. Notre groupe ne représentait qu’un des maillons de Redwater.

J’avais complètement oublié Annette.

…

Les rares soirs de pause, on faisait des virées avec des copains comme Antonio, dit « Le Gitan » (il jouait de sa guitare), qui m’avait adopté après m’avoir sauvé d’un snipper.  

Antonio avait alors 45 ans, et était en pleine puissance de ses moyens.

Autour de Bagdad, il n’y avait que du sable et des putes dans les bordels : souvent de très jeunes filles vendues ou exploitées par leurs propres parents … aucun risque de s’attacher, même si plusieurs d’entre elles nous imploraient de les emmener, comme la très belle Zainab qui n’avait pas quinze ans !

11 Septembre

11 septembreAprès le 11 septembre je suis retourné en Irak comme chef de groupe, avant le début de la Guerre d’Irak : à 30 ans j’avais gagné mes galons. J’avais accumulé pas mal de fric aussi. Un petit groupe composé de têtes brûlées, dont Antonio, plusieurs anglais disparus depuis, le très sulfureux Hassan « el Morocco », ancien tortionnaire de Tazmamart, ce centre secret où le général Dlimi enfermait les opposants à Hassan II, et Günther, un pro allemand qui avait fait Sarajevo jusqu’en 1996. Une fine équipe !

 

Par la suite, lors de notre retour à Londres, Bertrand avait continué à faire équipe avec nous.

 
Des combats, des morts, des blessés, des assassinats, des enlèvements, des viols, des tortures comme dans le centre d’Abou Ghraib, l’un des centres de l’armée US, révélé au monde en 2004. Innommable.

 

Mercenaires, pour le sale boulot d’une sale guerre !

Al-Qaïda, Al-Baghdadi, Daech, ISIS et djihadistes de tous bords.

Retour en France

Fin 2006 mon groupe a été dissous, et je suis rentré en France, juste avant l’exécution de Saddam Hussein.

 Avec plusieurs membres de mon équipe, nous nous étions engagés à nous aider les uns les autres.

Nous avions baptisé notre groupe Irakien « le Club Des Douze », et avant notre départ de Bagdad, on s’était promis de rester en contact, de nous entraider et de nous soutenir en cas de nécessité, ou pour réaliser des opérations.

Parmi ceux qui figuraient, il y avait le noyau formé par Antonio, Bertrand, Günther, Bill un ancien Marine US, le Professeur et ‘James Bond’ mon instructeur.

 
Nos actions n’avaient finalement servi qu’à enflammer le monde de l’Islam.

Un incendie qui allait se propager sur la terre entière. Et qui continue encore aujourd’hui.

Notre Pactole

pactoleJuste avant de quitter l’Irak, j’avais conduit une opération de nettoyage pour éliminer un groupe d’une vingtaine de djihadistes cachés dans une grotte, et nous en avions ramené une malle bourrée de billets de 100 US$ : un vrai pactole, un trésor de guerre que nous allions nous partager !

 Chacun de nous aurait sa part : plus de 25 millions de dollars chacun !

 Il fallait surtout ne pas se les faire piquer : impossible de les mettre sur un compte en banque ni France, ni en Suisse, ni chez les British.

C’est Günther qui nous a apporté la solution : il connaissait bien une petite banque en Namibie !

 Mais il fallait aller jusqu’en Namibie, un autre défi !

Trip en Turquie

Le plus difficile et périlleux était de déplacer cette malle de dollars et de la faire sortir d’Irak, en passant la frontière Turque où Hassan avait un contact, Erwan, combattant kurde …

Ce passage pouvait se faire depuis Zakho dans le Kurdistan, tout près de Kapili en Turquie. Nous partions de Kerbala, plus de 850 kilomètres à faire, en suivant plus ou moins les rives du Tigre.

On avait évité Bagdad et préféré Falloujah, puis Samara, Tikrit, Mossoul et enfin Zakho peut-être via Dahuk et Amedi.

 

hummerNous prîmes la route avec un grand Hummer qui transportait notre « Pactole » et 2 pick-up Toyota armées de mitrailleuses que Günther avait « emprunté » aux moudjahidines, l’un devant et l’autre derrière …

On roulait plutôt le jour, on mit près d’une semaine pour atteindre la Turquie en évitant plusieurs points chauds ! Par chance, nous n’avions rencontré ni milices, ni tempête de sable.

 

Ouf, on était sorti d’Irak ! Erwan nous a loué un car pour atteindre l’aéroport de Gaziantep : un charter nous attendait pour atteindre Walvis Bay en Namibie …  


Namibie

Après 20 heures de vol, c’était Swakopmund !

Nous nous sommes fait ouvrir des comptes via un trust dont nous étions les gérants. Un mécanisme complexe et fiable que Günter avait déjà pratiqué et qui s’est révélé efficace. Nous avions de quoi redémarrer dans nos vies.
 

allemandsGünther est resté à Swakopmund, à plus de dix mille kilomètres de Lyon, pour se ressourcer auprès de la jolie Gerda, une de ses cousines qui dirigeait un des anciens hôtels historiques, face à l’océan et proche de l’aéroport. 

Il appartenait à la famille de Gerda, des descendants des Hohenzollern qui avaient colonisé la Namibie dans les années 1910. Swakopmund, à 40 km du port de Walvis Bay, reste encore aujourd’hui l’une des destinations favorites des Allemands en Afrique.

 

Il y avait aussi en Namibie, près de la frontière de l’Angola, un groupe d’anciens du Koevoet qui avaient combattu jusqu’en 1990, entrainés par l'Afrique du Sud pour combattre les guérilleros qui tentaient des incursions dans le Sud-Ouest.

Günther parlait leur dialecte et connaissait bien ces hommes puissants, aguerris aux formes les plus extrêmes du combat. Ils allaient devenir notre « pool africain ».

Hassan el Morocco étaient resté en Namibie près de Günter, et il supervisait le pool. 

C’était un peu loin de la France, mais ils restaient disponibles pour nos opérations africaines. Günther leur avait procuré du matériel, des armes, et des jobs bien payés pour assurer la protection de mines, d’oléoducs et d’infrastructures en Afrique du Sud.

 
Antonio était rentré en France et s’était installé dans un joli mas au-dessus de Menton pour fonder « l’Institute of High Security Training » (Il avait fait agréer l’Institut par le ministère où il avait ses entrées, ce qui lui avait permis de ne pas être inquiété par des administrations).

 

Lyon

Bertrand lui aussi est rentré : il habitait Lyon chez sa sœur … une certaine Angélique.

N’ayant pas de point de chute (surtout pas Paris maintenant, mais bientôt j’irais revoir René-Pierre !) je l’y ai suivi, en espérant effacer les images de l’Irak.

…

Nos actions n’avaient finalement servi qu’à enflammer le monde de l’Islam. 

Un incendie qui allait se propager sur la terre entière. Et qui continue encore aujourd’hui.

…

J’ai acheté une belle propriété près de Lyon, à Collonges-au-Mont d’Or où je me suis installé et créé ma société « Conseil en Systèmes de Sécurité et Services » …

 

Coup de foudre …

COUP DE FOUDREAngélique, c’était il y a neuf ans. Coup de foudre ! Tout ça grâce à - ou à cause de – son frère Bertrand !

Angélique était la séduction en personne : grande blonde, visage finement dessiné, yeux verts, et une joie de vivre, en apparence du moins.

Une intelligence hors du commun, un don étrange de lire, comprendre et déchiffrer nos personnalités, sans doute lié à son métier de psy …

A 30 ans, elle vivait à Lyon et élevait seule sa fille Brigitte de 7 ans … Père inconnu ? 

Ce n’était pas choquant pour moi, Raoul Denis « de la Maternité de Port-Royal » !

Après plusieurs semaines de passion intense, j’avais franchi un cap : j’ai décidé de mettre fin à ma vie de célibataire pour vivre avec elle et l’ai demandé en mariage.

 

Juin 2010, mes fidèles amis du Club Des Douze avaient organisé une belle fête pour enterrer ma vie de garçon !

 

On s’était retrouvé à l’Auberge de la Madone (ça ne s’invente pas !) au-dessus de Menton, près de chez Antonio.
Une nuit qui avait compté ! Musique, champagne, barbecue, filles, fumettes … et plus si affinités.
Ils m’avaient collé entre les bras d’une Escort italienne, très déterminée à épuiser mon potentiel sexuel, une experte ! 

Le mariage d’Angélique

Deux jours plus tard, j’étais de retour à Collonges pour le mariage.

Angélique était magnifique, éblouissante, sa tenue très élégante mettait en valeur sa grâce, sa beauté. Elle rayonnait vraiment, même si ces mots peuvent sembler conventionnels. Tout le monde applaudit quand elle parût à mes côtés en sortant de la mairie de Collonges, tous nos invités nous attendaient avec du riz et des confettis pour nous féliciter ! Bertrand, photographe, nous faisait prendre des pauses sur le perron et réglait son objectif pour saisir dans le plus grand naturel cette belle étape qui concrétise notre union.

 
Nous nous rendîmes au bord de la Saône, chez Bocuse, accompagnés par les klaxons des amis : il y avait Bertrand bien sûr, Günther et Antonio « le Gitan » et d’autres copains d’Irak ou d’Afrique. Quelques amies d’Angélique aussi que je ne connaissais pas.

Le père d’Angélique

J’ai alors découvert le père d’Angélique et de Bertrand : il avait fait le voyage depuis Isbergues. Angélique n’avait pas voulu l’inviter, sans m’expliquer pourquoi.

C’était un homme gris, transpirant, qui n’attirait pas la sympathie de prime abord.
Leur mère non plus, une femme effacée, sans sève, qui contrastait tellement avec le dynamisme sa fille !
A leur vue, Angélique, était devenue très pâle, elle s’était figée. Comment avaient-ils appris ? Je n’ai jamais su.

Bertrand était d’abord resté muet, avant de leur dire rudement de décamper en les poussant dehors.

­   Mais c’est notre fille, vous comprenez !

Ils n’étaient pas restés, mais j’étais intrigué : Angélique me dit qu’elle m’expliquerait un jour …

La fête s’était déroulée sans peine le long de la journée, la mariée avait dansé avec tout le monde !

 
La fête allait continuer … avec notre voyage de noces !

Trip en Namibie

trip Pour le lendemain, j’avais affrété un avion pour continuer à Swakopmund, chez Gerda : Günther avait réservé tout l’hôtel de sa cousine et organisé un grand trip en Namibie.

Un hôtel magnifique, face à l’océan, avec sa grande plage de sable fin.

Gerda nous avait fait apprécier la gastronomie locale, mais aussi celle héritée de ses ancêtres Hohenzollern.

Deux semaines inoubliables, cactus immenses, fourmilières géantes, otaries à fourrure, zèbres, autruches, éléphants, lions, girafes … spectaculaires couchers de soleil dans le désert du Namib, aux dunes de Sossusvlei et dans les canyons !

Vraiment inoubliables surtout pour Antonio qui s’était fait voler sa montre Patek … 50.000 dollars !

 
On en avait profité aussi pour créer une filiale Namibienne de ma société de « Conseil en Systèmes de Sécurité et Services » et consolider nos rapports avec la banque … pour faire comprendre à quel point nous étions soucieux de la bonne gestion de notre trésor !

Retour à Collonges

Les bonnes choses ont une fin, et deux semaines plus tard, nous sommes revenus en France.

Nous vivions dans la vaste propriété que j’avais acheté, Chemin du Champ, près des bois, à Collonges.

Il y avait plusieurs bâtiments : Angélique y avait créé son centre de thérapie mentale et de mon côté j’y avais installé mon business, C3S : le carnet d’adresse du Club me permettait de jouer un rôle de diplomatie occulte.

Du renseignement, du conseil et de la formation, et quelquefois, de l’action. Pour l’Afrique, le pool Namibien se révélait très efficace.

Cela me prenait beaucoup de temps loin de mon Angélique mais cela renforçait nos sentiments.

 
Angélique mis au monde notre petit Paul, un très beau garçon qui avait hérité des traits de sa mère. On l’adorait !

Parfois je m’inquiétais de l’humeur d’Angélique qui pouvait rester prostrée plusieurs heures sans dire mot : c’était une autre Angélique que je ne connaissais pas et que j’allais bientôt découvrir.

René-Pierre

Comme le temps passe ! Voilà bientôt 25 ans que j’avais connu René-Pierre à Vitry, dans le petit bordel de Gigi, l’ancien légionnaire qui m’apportait des livres qui ont sans doute orienté ma vie de mercenaire !

Il y a 15 ans, je m’étais refugié chez lui, après avoir été obligé de quitter Annette, triste souvenir !

C’est lui qui m’avait parrainé auprès de K Security International à Londres pour m’envoyer en Irak.

Il devait avoir 75 ans maintenant.

Je m’étais promis d’aller le voir à mon retour de Bagdad mais une espèce de crainte m’en avait empêché. Il faudrait que je lui raconte un peu comment c’était passé ma vie de mercenaire : quel serait son jugement ? Aurait-il des reproches à me faire ? Devrais-je lui parler du Club des Douze, de mon pactole ? Bref, c’était mon état d’esprit en attendant que son TGV accoste à Lyon-Perrache.

 Voilà, la rame vient de s’arrêter et je le vois descendre de son wagon : il était resté étonnamment jeune dans son cuir noir, avec son gabarit athlétique. Pas de cheveux blancs, sourire éclatant quand il me reconnait sur le quai.

René-Pierre c’était un peu mon père en quelque sorte !

­   Mon cher René-Pierre, je vois que tu n’as pas changé depuis 15 ans … ou si peu !

­   Merci Raoul, toi par contre, tu n’es plus le gamin que j’avais envoyé à Londres en 91 !

Après plusieurs accolades, j’emmenais René-Pierre à Collonges pour lui présenter Angélique et le petit Paul qui avait un peu plus de deux ans.

 
Chemin faisant je lui parlais rapidement de mon parcours et surtout de C3S et de mes projets. Il opinait du chef, en disant « bien, bien … »

­   Même si tu ne m’as pas donné signe de vie – je ne t’en veux pas, un tout petit peu quand même – j’ai eu de tes nouvelles par mon ami londonien de K Security qui m’avait dit apprécier ton équipe … J’ai perdu la suite quand tu es passé chez Blackwater.

Lui-même me fit part de ses dernières missions :

­   J’ai été requis par le MI6 dès 2006 pour des interventions en Afghanistan, au Yémen, en Jordanie et en Iran. Pas de quoi s’ennuyer.

­   Puis, le Département d'État américain et le Pentagone m’ont également confié le contrôle de la formation militaire en Afrique.

­   Aujourd’hui je suis devenu conseiller militaire auprès du patron de nos Armées ce qui m’ouvre de nombreuses portes, en France mais aussi dans d’autres pays d’Afrique et du Moyen-Orient !

­   Si on peut s’arranger, je pourrais t’aider pour réaliser tes projets …

Il avait épousé Linh, la vietnamienne qui s’occupait de la maison de Neuilly :

­   La maison n’a pas changé, tu as toujours ta chambre bleue, quand tu remonteras à Paris ! Si je devais disparaître c’est Linh qui hériterait de tout.

Voilà, on arrive à Collonges, je rentre dans la propriété, je gare l’Alfa dans le hangar, près de la Toyota d’Angélique et je donne un coup de klaxon.

Pierre-René admire la propriété :

­   Ben dis donc Raoul, quel beau domaine tu as ! Ça vaut un bon paquet, tu as gagné au Loto ? 

­   On peut dire ça, je t’expliquerais !

Angélique sort de la maison, souriante, en portant le petit Paul et lui souhaite la bienvenue.

­   Enchantée, René-Pierre, on vous a préparé une belle chambre, je vais vous y conduire!

Durant son séjour, René-Pierre examina la situation et me donna quelques bons tuyaux pour les projets d’export.

 Le temps a vite passé, et René-Pierre est parti rejoindre Paris quelques jours plus tard, à mon grand regret. Je lui ai promis de passer le voir prochainement.

Le secret d’Angélique

Un peu après la naissance de notre fils Paul, Angélique a fini par me révéler son secret, ce secret horrible qui l’avait profondément marqué.

Cette soirée-là, après une profonde respiration, Angélique commença son récit, dans l’obscurité de la chambre.

« Nous habitions à Isbergues, où mon père était contremaitre dans une grande usine sidérurgique, et ma mère employée à mi-temps à la mairie comme dactylo. On habitait une de ces maisons typiques du nord, en briques rouges avec son jardinet, maison que son usine lui avait attribuée. Tu connais Bertrand, mon petit frère était un garçon un peu frêle mais déjà très batailleur ! La maison était plutôt grande, deux chambres à l’étage : celle de Bertrand plus petite que la mienne. Mon père avait deux passions : la pêche et le foot. Ma mère, c’était le tricot, la broderie, et les histoires d’amour qu’elle lisait dans le magazine « Nous Deux ».

On allait, Bertrand et moi, à la même école, à quelque distance de la maison. J’étais plutôt bonne élève, il le fallait car je voulais devenir médecin. En rentrant de l’école, après les devoirs, je dévorais les revues que le docteur Dubus m’apportait quand il venait soigner ma mère de son asthme. Je trouvais aussi des livres à la bibliothèque municipale qui parlaient de grands acteurs comme Averroès, Avicenne, Pasteur, Fleming ou plus contemporains comme Barnard.

Le soir, après la soupe, les parents venaient, chacun leur tour nous embrasser dans nos chambres. Mon père, allongé près de moi, écoutait en souriant mes rêves, mes histoires, l’école, les copains et copines, et aussi les cancans du quartier. Parfois il m’interrogeait sur les garçons de la classe, mes « fiancés » et me disait de ne pas faire de bêtises … sans que je comprenne alors ce qu’il voulait dire. On a grandi comme ça, une petite vie ordinaire. »

Ça a changé pendant les vacances l’année de mes 12 ans. J’étais alors une jolie jeune fille, blonde, le visage fin, des yeux verts, une poitrine naissante.

Un quatorze-juillet.

incesteCe quatorze-juillet nous avions été à la fête, dansé avec l’orchestre de la ville, mangé des brochettes, admirer les feux d’artifices … ce soir là aussi, mes parents avaient bu plus que de raison, ils étaient un peu ivres … !

On était rentré tard à la maison, ma mère était allée se coucher direct !

Mon père riait fort et avait chahuté avec moi : en toute innocence, je riais de ses chatouilles.

­   Chut ! tu vas réveiller maman !

Il était étendu sur mon lit et me caressait la joue.
Puis le cou.

­   Je t’aime tellement mon Angélique …

­   Moi aussi, je n’aime que toi mon papa !

Il avait pris ma main pour la poser sur son pantalon où j’avais senti un renflement, sa « bosse », comme il disait.

­   Chatouille-là, ma bosse, j’aime ça !

En même temps, il passait doucement sa main entre mes cuisses.

Un peu excitée, le feu aux joues, sans comprendre, Angélique avait « fait plaisir à papa » en resserrant sa main ; la bosse grandissait, papa la tenait plus fort et il lui avait dit « plus fort, plus vite », jusqu’à ...

­   C’est notre secret, il ne faut en parler à personne, surtout pas à maman !

Il avait ensuite quitté ma chambre, non sans m’embrasser encore maintes fois :

­   Je t’aime tellement mon Angélique …

 Bouleversée par ces souvenirs, Angélique était en larmes, je la serrais contre moi. Elle marqua un temps d’arrêt avant de poursuivre.

Le lendemain, il était revenu me dire bonsoir, mais cette fois il était nu sous son pyjama. Et ils avaient « joué avec la bosse ». En même temps il lui caressait le ventre, entre ses cuisses.

Et ils avaient joué encore les lendemains, sauf que ce n’était plus avec « sa bosse », mais avec son sexe, et que ses caresses étaient de plus en plus insistantes … à 13 ans, elle avait ressenti sa première secousse : à cet âge, c’était une surprise, elle ne pouvait comprendre.

­   Ça a duré deux ans. J’avais de plus en plus de mal à regarder ma mère, celle qui avait choisi de ne pas réagir, de ne pas me protéger : elle savait, mais avait fermé les yeux et j’avais commencé à la prendre en grippe, à la détester. Mon refuge était l’école, je m’absorbais dans les cours, et devint la première de la classe. Le reste du temps, je me réfugiais à la bibliothèque.

Angélique, dévastée, n’a pas pu en dire plus, on peut le comprendre. Elle reprit après quelques instants …

­   A 15 ans, j’avais pleinement pris conscience de la situation et que mon père était un vrai salaud. Depuis quelques temps, à la télévision, dans la presse, étaient dénoncées des affaires de pédophilie, de parents incestueux, de viols. Il y avait eu particulier l’affaire Colombine.

La fugue

­   Un soir, ce monstre avait voulu pousser plus loin ses caresses, son ignominie ...

­   C’est cette nuit-là, avant le lever du soleil, que je me suis enfuie de la maison, et, grâce à l’aide d’une jeune fille en fuite, Jofranka, je me suis cachée pendant deux jours, avant d’aller à la gare routière d’Isbergues … direction la Belgique à Ypres où habitait tante Yvette.

­   Bertrand m’a rapporté que ni mon père, ni ma mère n’avaient alors signalé ma fugue, « elle était en Angleterre pour améliorer son anglais » disaient-ils …

 
Angélique fini par me confier que c’était avec Bertrand que son salaud de père avait continué !

Je regardais maintenant Bertrand autrement ...

­   Je me suis alors réfugiée à Ypres, en Belgique chez la tante Yvette - la sœur de ma mère - qui avait compris la situation et m’avait protégée en secret. Avec son aide, j’ai pu me reconstruire.

­   J’ai abandonné l’idée de devenir médecin et suivi les cours de psy à l’université de Louvain : six ans plus tard j’en était diplômée, à 21 ans.

 
Elle avait commencé à se battre pour sa vie, elle s’était installée à Lyon. Elle avait d’abord été extraire Bertrand de l’enfer : il l’avait suivi à Lyon, puis à 18 ans, il s’était engagé chez les paras, puis comme volontaire en Irak.

 
Après avoir écouté son récit, j’étais au bord de l’écœurement, la nausée.

Le sang me battait les tempes, ma réaction première était d’aller buter son salaud de père, mais Angélique m’en dissuada :

­   C’est trop tard Raoul, ça ne réparerait rien … je ne veux pas déterrer ce passé !

Elle poursuivi sa confession …

Jofranka

­   Un soir à Lyon, grande émotion, j’ai retrouvé Jofranka, trapéziste dans un cirque, le Zodiac Circus… Comme elle me l’avait prédit quand j’avais fui Isbergues ! Nous nous sommes revus plusieurs fois à cette époque, et elle m’avait raconté ce qu’était devenue sa vie. Sa famille l’avait retrouvé deux ans plus tard, elle avait 19 ans, et avait dû subir les viols de ce vieux mari qui l’avait séquestré. Son père avait été tué il y a quelques temps dans une de ces rixes entre forains : elle avait hérité du Zodiac Circus …

 
Jofranka était devenue une grande belle femme, blonde, athlétique … elle avait perdu son accent depuis Isbergues.

Son mari aussi était mort, fracassé au cours d’une bagarre, trois ans après la fuite d’Isbergues. Elle vivait seule dans son cirque.

­   Maintenant, Jofranka a des projets, après avoir réussi à revendre le Zodiac Circus. Elle s’est installée en Provence. Depuis, nous nous revoyons de temps à autre, et nous nous parlons au téléphone.

…

Quelque temps après, Angélique avait rencontré Michel, un étudiant en médecine, qui lui donna sa fille Brigitte avant de s’enfuir sans laisser d’adresse. Sans reconnaître l’enfant, bien sûr, un salaud de plus, lui avait dit Jofranka qui n’avait pas les hommes en haute estime.

­   Tante Yvette m’a aidé en payant mon loyer : au début c’était difficile de se faire connaitre des Lyonnais, mais au bout de deux ans, mon cabinet de psy a commencé à bien fonctionner, et j’ai pu rembourser ma très chère tante !

Après m’avoir confié ces terribles secrets, je trouvais qu’Angélique avait changée.

Peut-être était-elle libérée de ce poids ? À moins que ce ne soit moi qui la voyais autrement ?

…

Je me suis alors souvenu de ma propre histoire, quand Annette m’avait rejeté : je croyais l’avoir oublié, mais finalement non, on n’oublie rien, les souvenirs s’empilent, prêts à ressurgir.

Mon bizness

C3S, ça marchait fort ! Les conflits en Irak, les djihadistes, les attentats et les printemps arabes avaient fait exploser la demande de sécurité. Grâce aux recommandations de René-Pierre et à nos cv Irakiens et autres, on pouvait offrir nos services de sécurité, un peu en Europe mais surtout en Afrique et au Moyen-Orient.

 
La plupart du temps, pour des dirigeants politiques, des industriels et des affairistes. Parfois en free-lance, le plus souvent en groupe, avec Bertrand, Günther et d’autres membres du Club pour les missions « lourdes ».

Antonio préférait rester autonome, mais il nous donnait parfois des coups de main. Il s’est plus ou moins imposé comme « permanent » du Club, il jouait le back-office du Club depuis son « Institute of High Security Training ».

 Cela me conduisait à faire de fréquents voyages en Afrique, au Liban ou dans des pays de l’Est de l’Europe. J’avais constitué un réseau de cinq ou six agences dans les pays où j’avais de bonnes relations avec les chefs d’états. Revers de la médaille, après la naissance de Paul, je n’ai pas pu – ou su - rester assez proche d’Angélique, nous ne vivions pas dans le même univers.

 
Le comportement d’Angélique s’est progressivement altéré. Notre émerveillement du début avait fait place au désenchantement, à une forme d’indifférence.

De l’indifférence à l’antagonisme, à la détestation même.

Violences

Angélique acceptait de moins en moins mon job qu’elle jugeait péjorativement.

Rapidement, nos rapports avaient pris un tour polémique. Angélique s’opposait de manière de plus en plus véhémente à mes bizness qu’elle jugeait criminels pour la plupart : je n’arrivais plus à lui expliquer ce qu’était la sécurité et à la raisonner.

A la fin, je n’avais rien trouvé d’autre que la contrainte, la violence même hélas. Un gâchis, un échec, tout ce que détestais, en quelque sorte j’avais honte de moi.

La gifle

La première fois, ce fut au cours de la violente dispute à propos d’une mission de sécurité rapprochée pour un despote africain, accusé de faire régner la terreur avec ses gardes : l’eau du Congo se teintait souvent de rouge, il craignait pour sa vie et celle de ses familiers. Je n’avais pas caché à Angélique que j’aurais sans doute à recruter et former une nouvelle garde et à éliminer celle actuelle, compromise avec des mouvements protestataires.

 
« Tu es un bourreau, un assassin, un criminel …
 comme les nazis
 !»

 
Excédé par ses cris, je ne pus retenir une gifle qui lui coupa la respiration.

Elle quitta la maison avec petit Paul et se réfugia de nouveau à Ypres où je dus aller lui demander pardon pour qu’elle revienne.

« Pardonne moi Angélique, j’étais trop absorbé par mon dossier, j’ai manqué de patience et plus jamais je ne te ferais subir de violence »  

Angélique est en larmes ...

Comment ai-je pu me tromper sur cet homme, j’ai été aveuglée par son ivresse, sa passion ?

…

Je pris l’avion le lendemain de son retour pour assurer ma mission : dans ce job, on ne peut pas renoncer car tout se sait, et cela aurait détruit l’image de C3S.

Elle quitta la maison avec petit Paul et se réfugia de nouveau à Ypres où je dus aller lui demander pardon pour qu’elle revienne. Je pris l’avion le lendemain de son retour pour assurer ma mission : dans ce job, on ne peut pas renoncer car tout se sait, et cela aurait détruit l’image de C3S.

…

NOIRE

Noémie

Autre épisode, six mois plus tard, elle découvrit une relation – épisodique - avec Noémie, une jolie collaboratrice de Yaoundé venue faire un stage. Noémie avait 22 ans et était amoureuse de moi, j’avais craqué devant son charme exotique. Sur le canapé de mon studio !

Angélique avait voulu me joindre avec le Walkie-Talkie, et comme je n’avais pas répondu, elle était entrée dans le studio :  devant cette situation, Noémie, toute nue, avait pouffé de rire, Angélique - folle de colère - l’avait renversée, et m’avait donné un violent coup de genoux au bas-ventre :

 
­   Et maintenant, va la baiser, si tu peux encore ! 

 

Plié en deux par la douleur, je n’avais pu me retenir et lui avait flanqué une vraie volée : j’avais dû la conduire chez un médecin qui lui fit plusieurs points de suture. : « Accident domestique » !

Noémie s’était enfuie et réfugiée dans son hôtel. Je l’avais renvoyé à Yaoundé.

Cette fois, Angélique n’était pas retourné à Ypres, mais elle s’était installée dans une des chambres libres de la maison avec notre petit Paul.

 Guerre froide.

Le cycle de violence s’était installé entre nous, entre-coupé d’accalmies, je dirais de réconciliations où on tentait de retrouver nos premiers états.

De plus en plus rarement, difficilement.

Menaces

La dernière fois, il y a trois mois, toujours à propos de mes jobs, elle m’avait sommé de renoncer et menacé de révéler ce bizness à des journalistes de Lyon …

« Raoul, si tu m’aimes, abandonne ce projet, cette vie de mercenaire, tu as tellement d’argent que tu peux devenir un autre homme que je pourrais aimer ! Si tu ne veux pas m’entendre, ce sera fini entre nous … »

Cette menace, c’était trop !

Cette fois-là, le recours au médecin du coin n’a pas été suffisant, j’ai été obligé de l’amener dans une maison de repos discrète où Antonio avait ses entrées.

A la réflexion, la vie avec elle ne me semble plus possible. Il faut trouver une solution rapidement avant qu’elle ne mette ses menaces à exécution.

Angélique était devenue une menace sérieuse, non seulement pour moi mais pour tout le Club …

J’ai posé la question à Antonio pour avoir son avis ... je vais en discuter avec lui ce soir !

Le 4 x 4

Chloé décroche : 44


­   Eh bien Pierre, ça a marché ! J’espère qu’il ne t’a pas fait trop de mal ? Ce type était tellement prévisible, je l’ai tamponné : j’ai sa carte, et je parierai qu’il va bien vite m’appeler … 

Chloé jette un œil dans le rétro, mais la route est déserte, à part un autocar qui promène ses touristes.

Pierre-le-jean-foutre approuve et la rassure :

­   Bravo ! Moi je vais bien, mais toi fais attention, ce gars est du genre coriace, il est dangereux ! 

­   En tout cas, il est pas mal, avec son air de ... J’aurais pu tomber plus mal, et devoir trimbaler un déchet, comme la dernière fois !

­   Eh, Chloé, ne t’emballe pas, ce n’est pas une partie de plaisir, je n’ai pas besoin de te rappeler le but ! Tu pourras t’amuser après si ça te chante !

Elle rit :

­   Mon pauvre Pierre, ne soit pas comme ça, tu sais bien que tu n’es pas mon genre, alors ne soit pas jaloux. Je ferais comme je veux, et si coucher avec lui ne nous fait pas gagner du temps, au moins ça me détendra ! Allez, bye Pierre, à plus tard, je te tiendrais au courant ! 

 

­   Attends ! Je me suis renseigné sur ce gars, tu vas être surprise, il dirige une entreprise de sécurité près de Lyon …
Alors, que faisait-il donc près non loin d''Avignon?

 
Chloé reste coite … Non loin d'Avignon ? est-ce le hasard ?

 

Elle raccroche et poursuit sa route en ruminant ces nouvelles informations.

L’Abbaye de Saint Croix

Chloé accélère, la BM bondit jusqu’à ce que l’assistante en ligne de BM lui rappelle qu’elle dépasse les 180 et l’invite à ralentir. Chloé lui cloue le bec et poursuit sa route.

Elle passe Cavaillon. Les Alpilles sous le soleil, une merveille. Orgon. Sénas. Salon-de-Provence enfin.ST CROIX

…

J’y suis presque dans ma belle Provence, mon mas est à 5 kilomètres, juste derrière l’Abbaye de Saint Croix ! Mon bonheur, loin des villes.

Le groupe doit m’y rejoindre ce soir, nous avons beaucoup de choses à nous dire !

La BM franchit un portail automatique dernier cri, Chloé se gare au pied de l’escalier. Son mas est une grande bâtisse ancienne qu’elle a achetée il y a près de dix ans, avec une grande réception aux allures médiévales : cheminée massive et bancs en pierres de taille. A l’étage son appartement privé, une grande chambre et un salon. En face, la bibliothèque et la chambre de Juana, sa « sœur ». Un escalier en pierre conduit aux trois chambres qu’elle réserve à ses invités. Une dépendance avec une salle de sport, une pièce pour le jardinier et un hangar pour les voitures et les tracteurs.

Elle se dirige vers la porte. Juana l’embrasse en ouvrant le battant.

Chloé s’installe dans son salon et s’allonge sur une méridienne pour écouter Shéhérazade qu’elle affectionne.
Cette musique la plonge dans un état méditatif, loin de ce monde, et elle retourne dans son passé ...

Baden ... Jofranka

BADENLes montagnes sauvages, la chaleur en été, les abeilles, le froid et le vent en hiver, les loups … Les camps dans la forêt, le chant des guitares, les caravanes … Tsiganes … les cirques avec les chevaux, les tigres, et aussi les fêtes, les rires et applaudissements des enfants … les cris … ma famille, mon père et ses mensonges, le viol et le mariage, la fuite, la mort …

…

Avant de mourir, Manolo m’avait confié qu’en réalité il n’était pas mon père mais mon oncle !

Il m’avait enlevé en Allemagne où je vivais avec mes parents, Hans et Anna.

J’avais alors quatre ans. Aujourd’hui il ne me restait peu ou pas de souvenirs de ce Hans, de cette Anna.

Manolo s’expliqua :

­   J’avais une sœur, Dolorès qui avait deux ans de moins que moi. Elle était d’une beauté resplendissante, avec un corps sculptural … le feu de ses yeux ! Lors de nos tournées, tous les hommes bavaient devant elle. Notre route avait croisé celle d’un officier allemand, Reinhard, qui était tombé fou d’amour et de désir pour elle.

­   Elle avait 18 ans. Lui, dix de plus. Il était bel homme, un de ces allemands blonds au yeux bleu, et Dolorès céda à ses avances, par jeu ou par défi. Elle me fit des confidences : il lui disait qu’avec son tempérament de feu, elle seule le faisait jouir !

­   Je lui avais dit qu’il n’était pas tsigane, et que ce n’était rien de bon, mais elle ne m’écoutait pas.

­   Quand notre troupe a décidé de lever le camp, elle m’avoua qu’elle était enceinte de lui et qu’ils allaient se marier !

­   Ce Reinhard, il serait ton grand-père, Jofranka, te tu rends compte ? Il a ensuite organisé la mort de milliers de tsiganes en Pologne, alors même sa femme était tsigane ! C’était un officier SS de haut rang, issu d’une vielle famille proche des von Bülow.

Leur fils, Hans, était né en pleine guerre dans le petit village de Schallstadt près de Fribourg.

L’un de ses officiers, aussi SS, l’avait dénoncé à Himmler, et quelques jours après la naissance de Hans, Reinhard avait égorgé « Dolorès la tzigane », de peur d’être dégradé.

 
­   Ma Jofranka, ce n’est pas par hasard que c'est toi que j’ai enlevé, c’est après avoir cherché Reinhard Shirach au terme d’une longue traque, animé par ma volonté de vengeance.

­   Ce grand-père Reinhard n'était pas, comme le disent les chroniques nazies, un jeune soldat décédé honorablement sur le champ de bataille pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a été responsable de la mort des « minorités » … alors même que Dolorès – ta grand-mère - était tsigane !

Manolo écrase une larme …

­   Dolores, ta mère, c’était aussi ma sœur et il l’avait étranglé.

­    Reinhard avait fui en Argentine où il est mort paisiblement il y a 60 ans, ses camarades au pied de sa tombe, criant ‘Heil’.

Un nazi est pour toujours un nazi …

 
Interloquée, Jofranka suffoque, les larmes aux yeux, elle aurait voulu crier …

Manolo se tait quelques instants avant de poursuivre.

…

­   naziHans n’avait rien d’un tsigane, il ne ressemblait pas à Dolorès, il avait hérité des traits de Reinhard et passait pour un véritable aryen. Reinhard le confia au Lebensborn de Nordrach, près d’Offenbourg, l’un des centres où étaient élevés des enfants ‘aryens parfaits’, grands, blonds aux yeux bleus : c’étaient les critères qu’Heinrich Himmler avait édicté pour l’un des projets les plus horribles des nazis, créer la future élite du Reich.

 
Hans n’avait jamais connu ni sa mère, ni son père qui l’avait abandonné pour fuir en Argentine.

­   J’ai fini par retrouver Hans, près de Fribourg, tu avais alors près de quatre ans, et tu étais le portait de ma pauvre sœur Dolores … mais blonde comme son père ! J’ai voulu que tu reviennes chez nous, dans ta famille tsigane et je t’ai enlevée. Puis, nous nous sommes enfuis : Pays-Bas, Belgique, France avec ma petite troupe de cirque ambulant, le « Zodiac Circus ».

Manolo l’avait marié avec un autre gitan. Treize ans après son enlèvement, elle avait réussi à s’échapper à Isbergues.

 
Manolo est mort quelques jours plus tard, le Zodiac Circus était à elle …

Pour rompre avec ce passé douloureux, Jofranka avait adopté un nouveau prénom … C’était Chloé.

L’association ZODIAC

Le disque s’arrête, et Chloé reprend ses esprits.

Cette histoire l’avait profondément bouleversée, et devait donner un vrai sens à sa vie, un sacerdoce !

femme naziLa lutte contre les nazis – il en restait encore partout - et leurs organisations criminelles comme les Lebensborn, contre les femmes nazies comme Johanna, une secrétaire, envoyée dans un ghetto en Ukraine ...

 Un jour elle s'approche d'un petit enfant, le prend dans ses bras, l'attrape par la jambe, lui fracasse la tête contre le mur, puis jette la pauvre dépouille aux pieds de son père.

Contre la pédophilie, les viols, les mariages non consentis, contre l’excision des jeunes filles, la lapidation, les femmes battues. 

Elle voulait aussi défendre la cause des femmes tziganes ...

Detoileès qu’elle eut vendu le Zodiac Circus, Chloé fonda l’association ZODIAC pour ça.

Rapidement, nombre de victimes ou enfants de victimes des nazis l’avaient rejoint : ZODIAC était devenu un réseau Européen. D’autres adhérentes appartenaient au monde tsigane, particulièrement mobiles ! 

Lebensborn était un groupe de cliniques dispersées dans l'ensemble de l'Allemagne et des pays voisins, où des femmes enceintes allaient accoucher dans le secret. Ce groupe était contrôlées par des médecins et infirmières SS qui prenaient en charge l’éducation des nouveaux nés.

Même si les SS on disparus, il existe encore aujourd’hui de telles cliniques, dont une dans l’arrière-pays d’Avignon, près des montagnes de Provence.

…

Le temps passe, elle s’apprête et descend dans la grande salle au rez-de-chaussée où ses invités viendront demain.

 Elle appel Juana, et lui demande :

­   As-tu pu joindre Angélique pour lui rappeler qu’elle est attendue ?

­   Non, je l’ai pourtant appelé plusieurs fois depuis ce matin, mais c’est toujours le répondeur …

­   J’espère qu’il ne lui ait rien arrivé, avec son salaud de mari ! Renseigne-toi !

…

Appel au secours

Tôt ce matin, le téléphone de Chloé se met à vibrer … « Appel Inconnu » …

­   Oui, qui est-ce ?

Une petite voie, difficile à entendre, Chloé lui demande de parler plus fort …

­   Chut, c’est moi, Angélique … je suis enfermée dans une clinique … je n’ai pas pu avoir Bertrand, viens et me sortir d’ici !

Chloé est abasourdie, médusée …

­   Angélique ? Quelle clinique Angélique ? Que fais-tu là-bas ?

­   Je ne peux pas parler longtemps, cherche l’infirmier Daoudi, trouve-le et viens me lib… 

Chloé entend un grand bruit, le cri d’Angélique avant que la communication ne soit coupée.

…

Elle réagit maintenant à toute vitesse ; elle se précipite dans sa BM et appelle Pierre, lui résume la situation et lui demande :

­   Que doit-on faire maintenant ?

Un petit silence … Pierre réfléchit

­   Difficile à dire, mais mon intuition … Une clinique dans la région d'Avignon, ça ne te fait penser à rien ? Des nazis dans un clinique ?

­   Lebensborn ? On doit essayer ! Retrouvez-moi à la station Esso sur l’autoroute !

­   OK, Chloé, on y sera !

La BM démarre, Chloé pousse les vitesses, et dévale l’autoroute à plus de 180.

Promesse d’un nouveau monde 

Eh oui, Raoul, Angélique et moi c’est fini, sans nul doute !

La faute à qui ? Et maintenant, Chloé ! Je pressens que cela ne sera pas une banale affaire, cela m’inquiète et me réjouis à la fois.

C’est tout-moi, je ne m’emballe peut-être pour rien, mais tout à l’heure, j’ai senti qu’un courant fort était passé avec Chloé. Toujours aussi impétueux, je m’imaginais une vie avec Chloé, où j’aurais réparé mes travers, et où j’aurais été adulé par cette déesse.

Mais qui est-elle, que fait-elle, comment vit-elle ? Solitaire ? ça m’étonnerait !
Les kilomètres défilent, je revois les scènes de ma vie. Reims, Vitry, Paris, Bagdad, Collonges, Swakopmund … beaucoup d’actions et peu de place pour l'amour …
Mais je reviens sur terre, ou plutôt sur la route. Antonio m’attend à Menton pour essayer de trouver une solution au « problème Angélique »

Je fantasme un max …

marocChloé et moi en voyage, le Maroc … Casa, Marrakech, Agadir … Tourisme en Egypte à Louxor, en Namibie, à Assouan, en Argentine, au Japon … Chloé, son corps amoureusement collé au mien, elle me caresse entre les cuisses, je la fais jouir lentement … Elle et Angélique.

Toutes les deux. Avec Annette aussi ?

Mais je reviens sur terre, ou plutôt sur la route, car Antonio m’attend à Menton pour essayer de trouver une solution au « problème Angélique »

...

Le téléphone bip!

...

C’est James Boy, il a besoin de mon aide en urgence : je vais donc devoir faire un saut jusqu’à Vintimille pour l’aider à monter son opération. Cà ne devrait pas nous prendre plus d’une journée !

 
Je préviens Antonio de mon retard et j’accélère, l’Alfa ronronne !

Chez Antonio

Le Club des Douze

Le Club était installé dans un des bâtiments de l’Institut d’Antonio. Il était équipé d’un réseau informatique de pointe, sécurisé, évidemment connectés sur les darknets et sur les satellites militaires dont Bill avait su cracker le système, comme celui de la NSA, du KGB et du Mossad. Nous communiquons via le « Messenger Telegram ». Notre réseau de caméras assurait la sécurité du Club.

 
À l'intérieur de la salle des opérations, les murs étaient tapissés de cartes, avec des post-it sur les points stratégiques, des écrans reliés au réseau, une table de sept mètres au centre. À côté il y avait la salle d’armes, avec une table sur on trouvait quelques armes blanches, couteaux, hachettes, des nunchakus, des Teasers, ainsi qu’une armoire blindée avec nos divers passeports, des dossiers confidentiels …

Mais le stock principal était sous la pièce, on y trouvait des fusils à lunette, une cinquantaine d’Uzi, de Smith & Wesson, plusieurs Remington 700, des grenades, des lance-roquettes, et aussi des équipements sous-marins, gilets pare-balles, des lance-flammes US, des masques à gaz, lunettes de vision nocturne … enfin bref, un arsenal.

Aucun risque que l’on puisse soupçonner l’existence de cet arsenal dans « l’Institute of High Security Training » d’Antonio. 

casernesLe campus comportait trois autres bâtiments. Le premier était là pour héberger les masters et leurs stagiaires - le plus souvent membres des polices de sécurité d’états africains - pendant les stages. Il devait y avoir de quoi loger une centaine de personnes, mais il n’y avait rarement plus de cinquante stagiaires.

Les deux autres bâtiments étaient entourés de grillages électrifiés avec des affiches « Restricted area ». Un poste de garde contrôlait les accès à ces deux zones.

Le premier de ces deux bâtiments, A, semblait être un centre hospitalier. Antonio y avait son appartement, il hébergeait deux ou trois médecins et le personnel médical ad hoc. Deux ambulances étaient stationnées à proximité d’un héliport.

Le second bâtiment, de 4 étages, ressemblait à un HLM, et devait comporter une vingtaine d’appartements réservés aux membres, la plupart des volets restaient baissés. …

Surprise …

En arrivant, je franchis le poste de garde et entrais directement dans le sous-sol du bâtiment A pour garer la voiture et un ascenseur m’amena directement chez Antonio.

J’entendais de voix qui venaient du salon de réception … A ma grande surprise, je vis que Bertrand était là, en train de boire un whisky avec Antonio. Il avait l’air tendu.

­   Me voilà enfin ! Bonjour tout le monde !

Antonio se leva et vint me serrer la main, Bertrand restait impassible …

­   Je ne savais pas que Bertrand serait là, Comment vas-tu ?

­   C’est moi qui lui aie demandé de venir, car c’est à propos d’Angélique, sa sœur, que nous devons discuter je crois ! Comment va-t-elle ?

­   Je viens de la voir à la clinique, elle était dans un triste état … Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait ?

Bertrand sort de son apathie et en me regardant d’un air interrogateur, m’interpelle :

­   Je suis rentré hier de Damas où je devais former la garde du Président … je ne sais pas de quoi vous parlez, mais je sais qu’il s’agit d’Angélique !
Je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis un mois, que s’est-il passé depuis ?

­   Et pourquoi parlez-vous de cette clinique ? Que lui est-il arrivée ?

Antonio semble gêné et intervient :

­   Bertrand, calme-toi, on va t’expliquer. Ce qui s’est passé avec Angélique est grave pour notre Club. Il y a près d’un mois, elle avait menacé Raoul de nous dénoncer à la Presse ou aux autorités si Raoul ne renonçait pas et s’il ne démissionnait pas du Club ! Tout ce que nous avons construit depuis notre retour serait anéanti !

­   Et alors, Raoul ?

­   Je suis mortifié, Bertrand ! A ce moment j’ai pété les plombs devant cette menace, tu peux le comprendre ?

­   C’est-à-dire ?

­   J’ai réagi par reflexe … je l’ai frappée … et elle est mal tombé, sur la tête, elle a perdu connaissance. J’ai essayé de la réanimé, en vain. J’ai demandé quoi faire à Antonio, et il m’a donné l’adresse de la clinique du Professeur, une clinique un peu spéciale.

­    Une clinique spéciale ? C’est quoi çà ?

­   Ils ont diagnostiqué un hématome crânien qui compressait son cerveau : ils ont donc dû l’opérer pour éliminer ce caillot. Aujourd’hui elle est en convalescence, sous assistance.

Bertrand, hors de lui, s’approche de Raoul, menaçant

­   Et tu ne m’as rien dit ? Tu as frappé ma sœur, ta femme, au lieu de lui parler et de la convaincre ? On n’est plus en Irak, tu es une brute, un monstre ! Je veux aller la voir tout de suite et lui apporter mon amour pour l’aider à se rétablir, la faire sortir de ta « clinique spéciale ».

Antonio s’interpose …

­   Bertrand, calme-toi, même si tu la fais sortir et si elle revenait dans un état normal, cela ne la calmerait pas, au contraire, elle voudra mettre ses menaces à exécution ! Et cela, le Club ne peut l’accepter, toi-même serait mis en cause ! Les amis, le Professeur aussi ! Il faut trouver le moyen d’empêcher ça…

Le ton monte, Bertrand est sur le point d’exploser.

­   C’est toi Raoul le responsable, que suggères tu maintenant ? La torturer ? La faire disparaitre ? L’éliminer ? Ça nous rappellerait Abou Ghraib ! Il faut aller à la clinique tout de suite, on verra après !

Bertrand se dirige vers la sortie, Raoul tente de l’arrêter, et Bertrand a pris une chaise et s’apprête à le matraquer,

 
Antonio intervient à nouveau :

­   OK, Bertrand, on va y aller maintenant, mais avant je vais téléphoner au Professeur pour le prévenir et nous permettre d’accéder à son domaine.

  

Le Professeur

C’était comme ça qu’Antonio voulait qu’on appelle entre nous cet ancien médecin militaire, ancien du SAC, mis en cause dans de nombreuses affaires de meurtres, d'escroqueries et de trafics de drogues. Il s’était installé avec ses équipes dans ce vaste domaine où, entre autres, sa clinique assurait des soins aux membres du Club.

Une maternité spéciale

materniteIl avait aussi développé une autre activité secrète : sa « maternité spéciale » … pour accueillir des femmes - volontaires pour la plupart - qui voulaient « accoucher pour autres », pour celles qui n’en pouvaient.

Moyennant money : plusieurs millions de femmes sont prêtes à payer cher pour cela !

Au sein de son domaine, dans un espace sécurisé, masqué par de hautes haies, il y avait plusieurs bâtiments :

Le « pavillon bleu » que le Professeur avait aménagé avec les équipements et les espaces médicaux pour sa « Clinique des Babies », sur le modèle ‘ Lebensborn nazis’ : il y avait même une morgue.

Un second pavillon sécurisé pour les médecins et personnels médicaux - au ban de la société – qui avaient été enrôlés pour cette maternité spéciale.

Le troisième pour les « candidates » en attente de traitement.

Trafics …

Trafic humain … trafic d’organes …

Un sous-sol était aménagé dans le « pavillon bleu » pour héberger d’autres femmes, « non volontaires », étrangères, contraintes d’accoucher.

En principe, et « sauf exception », une fois l’accouchement terminé, elles étaient rendues aux pourvoyeurs qui les avaient livrées, moyennant cash.

 Les « exceptions », c’étaient celles qui n’avaient pas survécu, elles devenaient  « donneurs » pour un réseau de trafic d'organes (dont la demande annuelle était plus de 100.000 reins et foies dans le monde chaque année).

Ça rapportait plus que la prostitution et plus discret …

 
Le Professeur ne voulait rien savoir de la suite …  Il était simplement attentif à ce que ce trafic reste occulte et ne soit pas découvert !

 Pour cela, cet ancien du SAC contrôlait le système pour empêcher toute évasion, ce mot n’est pas trop fort !

Libération

Au téléphone, le Professeur a communiqué à Antonio les codes pour trouver Angélique à la clinique.

 
Nous roulons en pleine nuit, il est 22 heures, et nous allons tous les trois vers la clinique, Antonio est à côté de moi dans l’Alfa, Bertrand nous suit dans son coupé Lamborghini … Nous avons un peu moins de 300 kilomètres à faire, on devrait y être vers minuit …

Quand je pense qu’hier après-midi je roulais dans l’autre sens … On passe devant la station-service où j’avais rencontré Chloé ..

…

Voilà, nous sommes devant le portail, déjà ouvert, un garde nous accompagne jusqu’à la clinique – officielle – où un directeur nous accueille, les traits tirés.

 
­   Messieurs, le Professeur a reçu l’ordre de Monsieur Antonio de vous laisser voir Madame Angélique … Hier soir, on l’a surpris en train de téléphoner, on ne sait pas à qui … mais on lui a confisqué son téléphone. Ce soir, j’ai voulu la prévenir de votre venue, mais elle s’était échappée de la clinique !

­   Ce soir, j’ai voulu la prévenir de votre venue, mais elle s’était échappée de la clinique : il y a deux heures, une Toyota blanche conduite par une femme blonde est venue , accompagné d’un gros moustachu et de plusieurs hommes armés … J’ai bien été obligé de les laisser emmener votre Angélique ; d’ailleurs celle-ci semblait être prête au départ … j’ai pu relever leur Numéro !

Bertrand est livide,

­   Et où sont-ils partis ?

­   Je ne sais pas, ils ont quitté la clinique en direction d’Avignon …

­   Puis j’ai tout de suite alerté le Professeur - il est à Londres, il va revenir au plus vite.

Antonio semble affolé et interpelle Raoul :

­   C’est catastrophique, elle peut être n’importe où ? A Collonges ? Qu’en penses-tu Raoul ?

­   Je ne sais rien, ils sont peut-être restés à Avignon, ou elle a pu redescende vers le sud, ou encore remonter vers Isbergues pour récupérer les enfants ? Aller vers la Belgique, chez sa tante… ?

­   Antonio, je te passe ma voiture et je vais quand même remonter sur Collonges avec Bertrand, pour voir, et on reste en contact !

Bertrand acquiesce :

­   Je te déposerais à Collonges, et demain à la première heure j’appellerais un ami pour identifier leur véhicule.

…

Raoul, Antonio et Bertrand sortent, tous trois inquiets de cet échec.

Ils rejoignent les voitures et quittent le domaine du Professeur …

Chacun se demande quel impact cela pourrait avoir sur le Club, leurs activités, leur vie … Comme en Irak.

  
 

Pendant ce temps là …

La Toyota arrive à l’Abbaye de Saint Croix …

Chloé félicite Pierre de son instinct !

­           Bravo Pierre d’avoir découvert la clinique où était Angélique ! Tu féliciteras tes compagnons de leur efficacité et détermination !

­           Merci Chloé, ce sont des braves ! Mais je pense qu’il faut maintenant creuser plus loin et savoir quels sont les tenants et aboutissements de ce domaine : c’est trop grand, trop discret, et aussi trop sécurisé pour une simple clinique. Qui sont les managers ?

­           On va attendre qu’Angélique reprenne ses esprits pour en savoir plus, et il n’est évidemment pas question d’arrêter et de laisser cette horrible entreprise. Angélique a dû recevoir de l’aide pour qu’elle ait pu me téléphoner … ce sera un point d’entrée !

 
Angélique est à l’arrière, lovée contre Chloé, à semi inconsciente. Elle regarde autour d’elle et voit Chloé :

­           Jofranka ? C’est toi ? Où somme nous !

Epuisée, elle s’endort.

Dans cinq minutes ils seront en sécurité chez Chloé où Juana a préparé une chambre.

…

reveil24 heures plus tard, Angélique se réveille, elle peut voir à son chevet Jofranka qui lui sourit. Non, ce n’est plus un rêve, elle n’est plus dans cette clinique ! Libérée des drogues qu’on lui administrait, et elle sent ses forces revenir … Elle sourit avec gratitude …

Jofranka se lève et ouvre les volets, un soleil resplendissant illumine la chambre. Mais tout de suite, Angélique pense à ses enfants, chez son père …

­           Il faut que j’aille à Isbergues rechercher mes enfants, c’est là où Raoul les a envoyés !

­ Isbergues ? Là où nous nous sommes rencontrées il y a … 25 ans ! Tu as raison, mais tu n’es pas en état de te déplacer, mon fidèle Pierre va s’en charger, ils seront ici dans quelques jours.

 

Jofranka appelle Pierre pour lui demander d’aller chercher les trois enfants et de les ramener. Angélique lui donne leur adresse.

Quelques moments plus tard, après un petit-déjeuner qu’elle a trouvé excellent, un médecin arrive, un ami lui dit Jofranka, qui après un examen minutieux lui prescrit un traitement pour qu’elle se rétablisse.

­           Angélique, est tu assez forte pour me dire ce qui t’est arrivé ? Que faisais-tu dans cette clinique ?

­           Je ne sais pas, le seul souvenir que je peux me rappeler c’est quand Raoul m’a frappé, je suis tombé, et après plus rien …

Il est venu me voir à la clinique pour me dire « Les enfants vont bien, ils sont chez ton père » …chez mon salaud de père.

Angélique explique que c’est grâce à son infirmier, Daoudi, qu’elle a pu téléphoner.

­           Si on peut le retrouver, il connait bien le domaine et ses « pavillons », en espérant qu’il n’a pas été tué !

…

Jofranka, a déroulé son histoire pour Angélique.

­   Environ 6.000 à 8.000 personnes sont nées dans ces cliniques rien qu’en Allemagne entre 1936 et 1945.

­   Lebensborn comportait une série de cliniques dispersées dans l'ensemble de l'Allemagne et des pays voisins, comme la Norvège, l’Espagne ou la France.

Le programme, sinistre en tant que tel, avait des échos dans le monde d'aujourd'hui : avec la légalisation de la Gestation Pour Autrui, l’insémination artificielle, les avances dans la génétique, les banques de sperme, les parents pourront bientôt choisir les caractéristiques de leurs futurs enfants avait expliqué Gerda, une thérapeute de Bavière, dont la mère n'était pas mariée et dont le père, a-t-elle découvert, était un des officiers supérieurs des SS.

 
Deux jours plus tard, c’était la joie quand Pierre est arrivé avec Brigitte et Paul !

 Le bonheur de Jofranka était complet :

­   Restez ici auprès de moi, Angélique, tu pourras aider les membres de Zodiac !

­   Viens avec moi pour les rencontrer, je les ai invités.

­ Les « invités de Zodiac » …

Un peu plus tard, des voitures qui entrent dans la propriété et se garent dans le hangar … En ce beau week-end, les membres de Zodiac se sont réunis ici dans le mas de Chloé pour partager, évoquer leurs histoires, parler de l'horreur de découvrir qu'ils avaient été élevés pour être la prochaine génération de l'élite nazie.

Mais aussi pour faire le point sur les recherches qu’ils ont effectués, les nouveaux adhérents et la découverte de nouveaux nazis.

 Chloé, souriante, pénètre dans la salle … le brouhaha se calme … Elle s’assied au bureau avec Angélique à côté d’elle.

­   Je vous présente Angélique, elle est comme une sœur pour moi, et nous venons de l’extraire de cette clinque maléfique de cette clinique que vous m’aviez signalé !

­   Elle nous a rejoint et va mettre ses compétences de psy à la disposition de nos membres !

Applaudissements ...

Echec et math

Actualités lyonnaises …  Lyon Mag

A Lyon, un vaste “coup de filet” pour démanteler un réseau international de mercenaires néonazis. La justice perquisitionne depuis le 3 avril les domiciles de membres présumés d’une organisation néonazie.

 
policeL’opération, s’étend à plusieurs pays en Afrique et au Moyen-Orient via Interpol.
 Les forces de police ont mené une opération d'envergure. 12 suspects identifiés sont en fuite, l’un deux est un ancien médecin militaire, révoqué pour trafic avec des groupes nazis. Un important butin a été saisi. D’après nos informations, une partie de ces néonazis auraient créé une organisation clandestine de mercenaires et de trafic humain. Ils auraient formé des groupes terroristes dans plusieurs pays.

La fuite

Raoul a compris à temps qu’il était grillé et ne pouvait plus rester en France.

Angélique avait mis ses menaces à exécution, dénonçant ses activités, sa violence … de plus elle avait dénoncé les sévices dont elle avait été victime dans la clinique du Professeur. Le scandale avait éclaté. Son organisation, ses projets, tout était tombé à l’eau.

 
Bertrand avait négocié sa collaboration, et libre, il avait rejoint Angélique chez Jofranka.

Grâce aux informations que Bertrand avait fourni à la police, le Club des Douze, mes liens avec Antonio et le Professeur avaient été découverts.

Les magistrats, guidés par l’association Zodiac, avaient mis au jour les trafic humains et le d’organes menés par « Le Professeur » avec ses « Clinique des Babies ».

Les locaux du Club chez Antonio avaient été mis sous séquestre en attendant les procès, de même que le domaine de Collonges.

 
Raoul venait d’échapper de peu aux perquisitions menées par les policiers, Antonio a quand même réussi à se planquer en Afrique, chez Noémie …

Les autres membres du Club ont été prévenus ...« sauve qui peut » général !

…

Machinalement, Raoul porte la main sur son pendentif de la Vierge en or, gravé « Joanna 1970 » et le porte à ses lèvres …

Les yeux dans le vague, il pense …

A sa naissance : qui était cette Joanna ?
A ses compagnons d’Irak et d’Afrique,
A sa vie à Collonges, avec Angélique, Paul
A Chloé qui l'a trahi
A sa violence …

Pourquoi en est-il arrivé là ? A quoi bon cette vie si je reste seul ? 

 Encore une fois, il déroule le film de sa vie …
Madame Jeanne à Reims, René-Pierre chez Gigi à Vitry, Annette à Paris, Angélique et Paul à Lyon … et Chloé la traitresse …

Que me reste-il ? Ni mère, ni père, ni femme, ni fils …

 « Sans amour on n’est rien du tout » chantait Piaf :

Esgourdez rien qu'un instant
la goualante du pauvre Jean
que les femmes n'aimaient pas
mais n'oubliez pas
dans la vie y a qu'une morale
qu'on soit riches ou sans un sou
sans amour on est rien du tout

L’hôtesse lui apporte une coupe de Champagne …

 

JETEpuisé, il s’endort sur le siège de son Jet, direction Walvis Bay!

Il y retrouvera Günther, Hassan ... de quoi construire son organisation et de lancer de nouveaux projets … 

Avec René-Pierre ...


EPILOGUE 

Croisements ...

Cette histoire est celle de nos trajets, difficiles, dangereux ou impossibles quand nous évoluons sous l’emprise de pulsions et de destins antagonistes … … 

CROISEA Raoul, René-Pierre, Annette, Angélique, Chloé, Bertrand, Antonio et à leurs compagnons.

A Verneuil le 4 Décembre 2023

Sergei Lanedrev